Sommeil de sang L'ouvrage:
La planète Almoha abrite trois peuples: les carnivores, les nomades, et les autonomes. Les animaux sont de gigantesques bêtes, inoffensives, et ne se défendant jamais: les animaux-montagnes. Les carnivores dépendent des animaux-montagnes. Ils sont d'énormes consommateurs de viande. Ils en mangent, et s'en servent pour d'autres choses: certains s''en habillent. La viande d'animal-montagne a également des propriétés curatives. Les carnivores ont également besoin des autonomes pour travailler dans les abattoires dirigés par les bouchers. Les bouchers ne peuvent employer que des autonomes, car ceux-ci ne risquent pas de dérober de la viande pour la manger. En effet, ce peuple se nourrit de ses cheveux et de ses poils pubiens. N'importe quelle autre nourriture les dégoûte, et les empoisonnerait, de toute façon.
Les nomades ont besoin des carnivores, avec qui ils font du troc, et qui les fournissent en peaux d'animaux-montagnes. Ces peaux leur servent d'habitations. Ils étendent une peau dans le désert, et la tribu vit dessus.
Les autonomes dépendent des carnivores qui les paient pour leur travail. Mais ce serait le peuple qui survivrait le mieux, si les deux autres disparaissaient.

An est une autonome. Elle est considérée comme l'une des meilleures au travail. Malheureusement, tout change, lorsqu'à la suite d'un accident du travail, elle est irrémédiablement mutilée. Elle est désormais inutile. Mais ce n'est pas tout. Des rumeurs courent: il semblerait que tous les autonomes devenus handicapés soient enlevés et donnés en pâture aux carnivores qui s'amusent à les torturer.
An ne veut pas connaître ce sort. Elle doit donc trouver un moyen de fuir. La solution serait d'être acceptée par une tribu nomade. Justement, certaines sont de passage en ville.

Sarah est vieille. Elle sent que sa fin est proche. L'enfant qu'elle a réussi à dénicher, après des années de recherches doit être protégé. Sarah fait partie de la tribu de Ghal. Celui-ci a pour mission de trouver quelqu'un en qui Sarah pourra avoir confiance, quelqu'un qui aura soin de l'enfant.

Critique:
Pour moi, ce livre fait partie des bons romans de Serge Brussolo. D'abord, il y a ces peuples qui dépendent les uns des autres, et qui sont condamnés à cohabiter.
Les carnivores sont détestables. Ils n'hésitent pas à sacrifier les animaux-montagnes, et à gaspiller leur viande en futilités. Ils savent, par ailleurs, que les animaux-montagnes, ne se reproduisant pas, ne sont pas infinis. Un jour, il n'y en n'aura plus. Et ils continuent à gaspiller. C'est un peu le même principe que ceux qui vont habiter dans des zones à risques, et qui pleurent lorsque leur maison est emportée par une catastrophe naturelle.

Ensuite, chaque peuple a ses coutumes. Ce sont des coutumes inventées, mais l'important est qu'elles nous montrent une autre façon de penser, et nous forcent à avoir l'esprit ouvert. Par exemple, pourquoi se moquer ou être dégoûté de voir un peuple se nourrir de ses cheveux? Bien sûr, on peut trouver certaines habitudes idiotes, ou en réprouver d'autres, mais on a plutôt envie de dire: pourquoi ne pas tous vivre dans la tolérance de l'autre, tant que personne ne se gêne? On voit bien que les carnivores méprisent les autres peuples, juste parce qu'ils ne sont pas comme eux.

Ensuite, l'intrigue est bien menée. Le suspense vient s'ajouter aà la science fiction. On a envie de savoir qui est l'enfant, puis on s'engage avec An et lui dans la course-poursuite.
An est un personnage brussolien moins mou que certains.
On s'attache aux personnages, et l'intrigue est bien menée, sans temps morts. La fin est d'autant plus atroce.

C'est un bon livre, mais les amateurs de fins obtimistes seront déçus par la fin, d'abord pour les personnages principaux, et ensuite parce qu'une autre fin aurait été l'annonce d'un monde meilleur, à condition que les shankras soient pacifiques. Mais ils auraient été sûrement moins répressifs que les carnivores. Une telle fin n'est pas surprenante de la part de quelqu'un qui pense pis que pendre de la société.