Conduite en état Livresque

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Ils auraient tondu un oeuf: des pingres, quoi.
Emile Zola dans "L'assommoir".

Bienvenue sur Conduite en état livresque.

lundi 25 août 2008

lundi
25
août 2008

Copie de sang, de Philip G. Walcott.

L'ouvrage:
Février 2008.
Julia est professeur de mathématiques. Elle vient de rompre avec son petit-ami, William Smith, professeur dans le même lycée qu'elle. Il l'a trompée, et elle ne l'accepte pas.
Julia ne sait pas qu'elle est observée et suivie par un homme à moto. Lorsqu'elle reçoit des coups de fil anonymes où un inconnu la traite violemment de salope, elle s'inquiète, mais ne peut prévoir d'où viendra l'attaque.

Critique:
L'avantage de ce livre, c'est qu'il est court. Au moins, il ne traîne pas trop. Certains livres exposent des situations aussi attendues que celui-ci, mais ont, en plus, le désavantage de traîner.

Le lecteur reconnaît assez vite le modus operendi du tueur, et sait donc de qui il s'agit et pourquoi il tue. Il sait qu'il revit sans cesse ce jour, cet instant. Bien sûr, l'auteur essaie de faire un petit rebondissement en utilisant la ficelle éculée du frère jumeau, et le lecteur ne sait pas lequel est le tueur. Néanmoins, là aussi, il se doute assez vite de qui c'est. Mais de ce fait, une question se pose: pourquoi l'un des personnages se suicide-t-il? C'est au lecteur de supposer. Se doutait-il que quelque chose se passait, et se sent-il coupable de n'avoir pas essayé d'arrêter la machine infernale? Rien n'est dit.

La psychologie des personnages n'est pas très creusée. William est un salaud coureur de jupons, Patrick Mitchell est gentil et essaie de bien faire son travail, Morgane est une adolescente comme les autres, Sydney est courageuse... Les "gentils" sont attachants, mais ils sont brossés à trop grands traits, ce qui fait qu'ils manquent d'épaisseur.

Le coup de foudre est plus que cliché. En général, les coups de foudre me font tiquer, mais là, c'est pire.

Il y a une tentative de fantastique au moment du suicide, mais je ne sais pas trop quoi en penser... elle ne débouche sur rien... elle est à l'image des personnages: une esquisse.

Ce livre m'a été offert par les éditions Quorfing.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Marie-Philippe Lachaud.

mercredi 20 août 2008

mercredi
20
août 2008

Le rituel de l'ombre, d'Eric Giacometti et Jacques Ravenne

Une nuit de 2005, deux corps sont retrouvés, les victimes tuées de la même façon, un coup à l'épaule, un coup sur la nuque, un coup sur le front, reprenant ainsi la légende de la mort de maître Hiram, grand bâtisseur du Temple de Jérusalem et père spirituel de la franc-maçonnerie : un vieux chercheur juif dans son bureau à Jérusalem, une jeune femme française dans l'ambassade de France à Rome.
Un crime à l'ambassade ? Il sera maquillé en accident, personne ne doit savoir qu'il est possible de commettre de tels actes en un tel endroit, réputé pour sa sécurité. Mais le commissaire Marcas, maître dans l'ordre des francs-maçons, était présent à cette soirée, on lui confie donc l'enquête confidentielle sur ce meurtre, en compagnie de Jade, la jolie chef de sécurité de l'ambassade française à Rome, et amie de la victime, qui exècre la maçonnerie et tout ce qui s'y rapporte. Antoine Marcas et Jade Zewinsky devront faire équipe, malgré leur animosité réciproque.
Un seul point commun entre ces deux crimes : les deux victimes sont franc-maçonnes, et travaillaient sur un secret important pour lequel une mystérieuse société secrète est prête à tuer...

Un roman captivant, qui prend aux tripes, et qu'on ne peut lâcher quand on l'a commencé : je l'ai lu en deux jours !! Une nouvelle plongée dans des pages sombres de l'Histoire, dans la franc-maçonnerie (sujet qui m'intéresse personnellement), et dans l'univers des société secrètes en général.
On y fait la connaissance de la société Thulé, qui fut à l'origine du mouvement nazi et des atrocités commises en Allemagne et en Europe sous Hitler, mais qui est bien antérieure à tous ces événements et se prolonge bien après également, avec toujours un but sacré : la prédominance de la race aryenne. Cette société est aussi l'ennemie jurée de la franc-maçonnerie, qu'elle veut anéantir, ou du moins dont elle veut percer les secrets.
Bien entendu, il y a des clichés que les auteurs n'ont pas du éviter, par exemple (attention cela va vous étonner !) l'évolution des relations entre le commissaire Antoine et la belle Jade, mais les personnages sont par ailleurs complexes. On ne sait trop que penser, par exemple, de Marc : est-il vraiment dévoué à la cause qu'il entend soutenir, ou agit-il pour lui-même ? Et jusqu'à la toute fin du roman, la question reste posée. Qui est ce mystérieux jardinier, aux méthodes de torture redoutables ? Et la cruelle Joanna, aura-t-elle un moment de faiblesse salutaire pour nos héros ? Les auteurs s'entendent bien à faire durer le suspense, interrompant un paragraphe pile au moment critique pour passer à autre chose. C'est une méthode classique, mais efficace ! Ils réussissent même à nous rendre sympathique et à nous faire prendre en pitié l'un des personnages les moins recommandables du roman, le Palestinien Béchir. Là, j'ai trouvé qu'ils étaient très forts, car ce n'était pas gagné !
Une solide érudition des auteurs, qui connaissent vraiment leur sujet, un glossaire et des paragraphes historiques à la fin du roman, des renvois précis à des ouvrages ou des sites internet, permettent de prolonger si on le souhaite l'exploration des différents éléments donnés dans le roman, ce qui est particulièrement bien vu et intéressant pour le lecteur.

C'est le second roman de ce tandem que je lis, mais le premier qu'ils aient écrit. Je vous donne donc l'ordre dans lequel lire leurs romans :
Le rituel de l'ombre (2005)
Conjuration Casanova (2006)
Le frère de sang (2007)
La croix des assassins (2008)
Je n'ai lu pour l'instant que les deux premiers opera, les autres suivront... (-.^) Ils sont tous disponibles chez Pocket, sauf le dernier paru, pour l'instant seulement chez Fleuve Noir.

Pour plus d'info, voir le site officiel des auteurs, très complet, reprenant par exemple les index de chaque roman.

lundi 18 août 2008

lundi
18
août 2008

Qui est le diable?, de Pierre Salva.

L'ouvrage:
Laurence Champion est employée de banque. Elle vit avec sa mère et sa petite soeur, Séverine. Elle a un petit-ami, Claude. Elle a une vie sans histoires.

Ce jour-là, tout va changer, car la banque où travaille la jeune fille est victime d'un hold-up au cours duquel le patron est abattu. Il est retrouvé, un pistolet près de lui. On en déduit donc qu'il est sorti de son bureau, arme au poing, et a été tué par les malfrats.
Laurence écoute son instinct, et déclenche le système d'alarme.

Le hold-up est bien sûr suivi d'une enquête. Tout se complique lorsque les cadavres viennent s'amonceler autour de Laurence, à commencer par celui de l'un de ses collègues, juste après qu'il lui a dit qu'il avait découvert quelque chose d'important. Bientôt, la vie de Laurence est également menacée.

Critique:
On passe un bon moment avec ce roman policier. Il est trop court pour traîner. Lorsqu'il menace de s'enliser, un événement arrive, et relance l'intrigue.

Les personnages de Laurence, Séverine, Claude, et Corinne sont sympathiques et attachants. Malgré un roman court, qui, de plus, se focalise sur l'intrigue policière, l'auteur sait donner une certaine épaisseur à ses personnages: par exemple, Séverine est malicieuse et intelligente. D'ailleurs, la ruse qu'elle utilise pour éloigner le tueur ravit le lecteur, même si elle dit que c'est à la portée de n'importe qui.

Là encore, l'auteur arrive très bien à instiller la peur en nous. On s'attend à certaines choses: par exemple, on sait que quelque chose va se passer pendant la course de motos, mais on ne sait pas quoi. Par ailleurs, on est loin de se douter de la façon dont Laurence échappera au tueur.
J'ai été un peu déçue par la fin. Certes, le lecteur connaît la vérité, et vraisemblablement, les questions que posera l'inspecteur la feront apparaître au grand jour. En outre, Séverine pourra témoigner. Tout cela devrait réduire à néant la seconde théorie de l'inspecteur. J'aurais tout de même aimé lire une fin moins abrupte, avec des explications, bien que je me doute de ce qu'elles seraient.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Arlette Bratschi pour la Bibliothèque Braille Romande.

lundi 11 août 2008

lundi
11
août 2008

Le serment des limbes, de Jean-Christophe Grangé.

L'ouvrage:
Luc Soubeyras a tenté de se suicider. Il est maintenant dans le coma.
Mathieu Durey, son meilleur ami, trouve tout cela étrange. Luc et lui sont catholiques pratiquants: Luc n'a pas pu se suicider, c'est contre sa religion. En outre, Luc, à l'instar de Mathieu, est devenu policier pour combattre le mal et le crime. Se suicider serait renoncer à cela. Mathieu est très intrigué. Il décide de reprendre l'affaire sur laquelle Luc enquêtait de manière personnelle: le meurtre de Sylvie Simonis, dans le Jura, meurtre commis de manière particulièrement sadique.
Il marche dans les pas de Luc, et cela le conduira très loin tant au niveau géographique que moral...

Critique:
Depuis quelques mois, je me surprends souvent à poser un livre sans le finir avec un soupir d'exaspération. J'ai eu peur d'avoir perdu mon engouement pour la lecture. Mais non! C'est juste que je tombais sur des livres médiocres.
Ce livre m'a rendue l'excitation que je ressentais à la lecture de thrillers palpitants. J'ai retrouvé cette émotion si particulière. L'intrigue est donc bien menée: on va de rebondissement en rebondissement, le suspense nous tient. En outre, pendant tout le roman, on oscille entre le réel et le surnaturel. (Ne lisez pas la phrase suivante si vous n'avez pas lu le livre.) Et à la fin, l'auteur réussit à faire en sorte que la solution soit un mélange des deux.
Le puzzle se construit lentement, le lecteur emboîte les pièces, et tous les petits éléments s'assemblent peu à peu. Jean-Christophe Grangé répond à toutes les questions qu'il soulève.

Certains passages traînent un peu.
Le lecteur averti devine certaines choses avant Mathieu. J'ai souvent soupçonné le véritable coupable au cours de ma lecture. Mais l'auteur sait habilement détourner les soupçons. Ensuite, lorsque Mathieu découvre la vérité sur l'un des personnages, on peut se mettre à soupçonner le véritable coupable avant Mathieu...
De la même façon: lorsque le coupable donne rendez-vous à Mathieu "là où tout a commencé", le lecteur sait très bien de quel endroit il s'agit. Il attend patiemment que Mathieu se rende compte qu'il s'est fourvoyé.
Ces petites longueurs sont ennnuyeuses, mais on les pardonne volontiers à l'auteur, car son thriller vaut la peine d'être lu! En outre, il y a souvent des longueurs, surtout dans les gros livres tel celui-ci.

Par ailleurs, on découvre brièvement d'autres mondes: le monde de la rue, les indicateurs, les prostituées, les "magiciens". L'auteur nous les montre souvent à la fois gais et inquiétants.

Attention: c'est Jean-Christophe Grangé, donc on n'échappe pas aux passages sanglants, et à la description de crimes violents. Il me semble pourtant qu'il y en a moins que dans ses précédents romans. Peut-être sont-ils plus disséminés.
J'espère que les expériences négatives en cas de mort clinique sortent tout droit de l'imagination de l'auteur, ainsi que la théorie des Sans-lumière, et la secte des Asservis...

J'ai préféré ce roman aux trois qui l'ont précédé. J'aitrouvé ce thriller aussi bon que "Le vol des cigognes" et "Les rivières pourpres". Quant aux trois que j'ai moins aimé ("Le concile de pierre", "L'empire des loups", et "La ligne noire"), c'est surtout les fins qui m'ont déplu, mais dans l'ensemble, je les ai trouvés ces trois moins réussis que les deux premiers et le dernier.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par François d'Aubigny pour les éditions Audiolib.
J'ai déjà lu des ouvrages enregistrés par ce lecteur, et au début, je trouvais qu'il avait du mal à être naturel. Dans sa lecture de "Le serment des limbes", il a acquis ce naturel qui lui manquait. Il ne surjoue pas, même s'il prend différents types de voix pour certains personnages. Il le fait intelligemment (surtout pour le psychiatre qui hypnotise Luc), ce n'est donc pas pénible, c'est même agréable. C'est d'ailleurs le but. La voix qui m'a le moins plu est celle qu'il prend pour le guide de la grotte, vers la fin.
Je vais encore une fois râler, aujourd'hui, c'est après l'accent italien qui est imité pour Giovani. En plus, c'est une incohérence, car Giovani et Mathieu parlent italien, Giovani ne parle donc pas français avec un accent italien. (Enfin, il me semble.)

Autre côté négatif de la version audio: la façon spectaculaire et grandiloquente dont le titre est annoncé, ainsi que les titres des parties, et les numéros des chapitres. Et bien sûr, la musique! Bon, il y en a moins que dans "La femme du cinquième", et elle est là pour créer une ambiance, et participer, en plus du texte, à l'effroi du lecteur. Mais je m'en serais tout de même passée, surtout qu'elle est plus forte que le texte, ce qui oblige à baisser puis remonter le son.

Note: En faisant des recherches pour trouver l'orthographe de certains noms (car le gros désavantage d'une version audio, c'est que les noms ne sont pas épelés, sauf si les ouvrages sont enregistrés par Marie-Philippe Lachaud, Jacqueline Candil Lopez, et Brigitte Bourge), je suis tombée sur un forum à propos de Jean-Christophe Grangé. J'ai trouvé le peu que j'ai lu fort sympathique. Je vous conseille donc ce forum où les fans sont agréables.

mercredi 6 août 2008

mercredi
6
août 2008

Un lieu incertain, de Fred Vargas

Alors qu'il est en congrès à Londres, le commissaire Adamsberg se trouve face à un tas de vieux pieds chaussés tournés en direction du cimetière de Londres. Son lieutenant, Danglard, est persuadé d'avoir reconnu dans ces pieds une paire de chaussures qui appartenaient à son oncle. Dès son retour à Paris, ils sont confrontés à un massacre perpétré dans un pavillon de Garches : un vieux misanthrope est retrouvé éparpillé en minuscules morceaux dans une pièce de sa maison. Ce meurtre est vite mis en relation avec un cas similaire en Allemagne. Adamsberg fait aussitôt le lien entre les deux affaires, les pieds de Highgate et l'éparpilleur de Garches, mais il semblerait que personne ne veuille le voir boucler cette enquête, car les indices trouvés sur place le mettent en position de suspect... Pour aller au bout tout de même, Adamsberg va devoir se rendre dans un petit village de Serbie, sur les traces de l'oncle de Danglard...

Un roman bien ficelé, on ne sait pas vraiment où l'auteur nous emmène, il semble juste certain que le suspect n°1 ne peut pas être le coupable, ce serait trop évident...
J'ai fait la connaissance dans ce roman du commissaire Adamsberg dans une enquête longue (je n'en avais lu jusqu'à présent que des nouvelles, des récits courts), et j'ai pris la mesure de sa lenteur, de son temps, mais aussi de son efficacité. Il n'est pas toujours facile de le suivre, et on se met souvent à la place de Danglard, qui explique à quel point il est facile de suivre les pensées du commissaire quand on le connaît, mais aussi à quel point il est agaçant de suivre ces méandres au lieu de penser à une chose à la fois.
La fin est assez inattendue, on ne trouve le coupable qu'en même temps que le commissaire. Je me suis trouvée à la fois contente quant à ce qui se passe avec le suspect n°1, mais mécontente de connaître le vrai coupable, qui semblait si sympathique (c'est souvent le cas, je sais, mais je trouvais vraiment qu'une telle personne devrait exister).
J'ai passé un agréable moment à lire ce roman, malgré des circonstances familiales plutôt difficiles, et je pense que ce ne sera pas le dernier Adamsberg que je lirai !

Je sais que ce roman de Vargas est le tout dernier paru, et que donc je ne l'ai pas lu dans son ordre chronologique par rapport aux autres, mais mes collègues me l'ont offert à la fin de l'année car je finissais un remplacement et n'y retournerai pas à la rentrée, et je me suis mise à le lire aussitôt, malgré la promesse que je m'étais faite de lire toutes les aventures d'Adamsberg dans l'ordre pendant les vacances d'été.
Un conseil de la Livrophile : les romans de Fred Vargas mettant en scène son héros le commissaire Adamsberg sont parus dans un ordre qu'il vaut mieux respecter pour la lecture. Je vous le copie ici :
L'homme aux cercles bleus, 1992.
L'homme à l'envers, 1999.
Pars vite et reviens tard, 2001.
Coule la Seine, 2002.
Sous les vents de Neptune, 2004.
Dans les bois éternels, mai 2006.
Un lieu incertain, juin 2008.