Les mots pour le dire, de Marie Cardinal.
À 10:18 par La Livrophile, dans la rubrique Autobiographies, biographies, souvenirs, témoignages
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L'ouvrage:
La narratrice, qui est l'auteur elle-même, raconte d'abord comment elle a failli sombrer dans la démence. Ce qu'elle appelle "la chose" se manifeste en faisant couler le sang de la narratrice. C'est comme si elle avait ses règles en permanence. Cela se déclenche n'importe quand, et peut durer très longtemps. Affollée, elle va d'abord consulter un gynécologue, qui lui dit qu'elle a un fibrôme, et qu'il faut l'opérer. Elle accepte, puis refuse au dernier moment.
Ensuite, on l'envoie à l'hôpital, où on la bourre de médicaments qui la rendent amorphe, et l'empêchent de réfléchir. Un jour, elle se révolte contre cela. Elle ne veut pas devenir un légume apathique. Sous prétexte d'une soirée chez son oncle, elle s'enfuit de l'hôpital.
C'est alors qu'elle décide de prendre totalement son destin en main. Elle va voir un psychanalyste. Celui-ci commence par énoncer des règles très strictes. elle ne doit prendre absolument aucun médicament pendant cette psychanalyse, même pas un cachet contre les maux de têtes. Elle ne doit rien écouter de ce qu'elle pourrait entendre à l'extérieur, sur la psychanalyse. Chaque séance à laquelle elle n'assistera pas sera due... C'est ainsi que Marie Cardinal entame le récit de sa psychanalyse. Elle évoque son enfance, son adolescence, des choses enfouies en elle-même, qui, lorsqu'elles sortent la font hurler, trépigner, ou pleurer longuement. Elle évoque surtout sa mère qui est sûrement la cause de son mal-être.
Critique:
Ce livre est le témoignage bouleversant d'une femme qui, un jour, a voulu sortir du marasme, et a voulu s'en donner les moyens. C'est une femme qui crie sa douleur de ne pas avoir été désirée et aimée par sa mère. Cette mère qui savait seulement se montrer sévère et injuste envers sa fille, qui ne savait faire preuve d'humanité envers elle que lorsqu'elle était malade. La narratrice raconte comment elle essayait de gagner l'amour de sa mère en se voulant irréprochable, et en essayant de trouver n'importe quoi qui lui ferait plaisir.
Elle explore aussi l'extraordinaire violence qui siège en elle, et en découvre la source. Elle apprend d'ailleurs les origines de beaucoup de ses problèmes.
Ce livre est un cri poignant qui nous apprend beaucoup, qui nous fait réfléchir, qui sait utiliser (comme le titre l'indique) les mots qu'il faut pour dire la détresse, la souffrance, le mal-être, et la lente reconstruction de l'être. On suit la narratrice dans les étapes de sa psychanalyse, dans les crises qu'elle traverse, dans son parcourt pour se trouver.
Il y a une petite ombre au tableau. C'est quelque chose d'assez désolant, qui nous fait nous poser des questions. Dans son témoignage, la narratrice évoque l'avortement raté de sa mère qui ne la voulait pas. Elle explique que sa mère lui a raconté sans honte tout ce qu'elle avait fait pour avorter "accidentellement" alors qu'elle l'attendait. Elle explique ensuite que lors de sa psychanalyse, ce sujet est souvent revenu, étant un sujet sensible et douloureux. Le lecteur est très touché, très ému, et il comprend bien qu'un tel récit a dû déboussoler la narratrice.
Or, dans un autre livre, "Autrement dit", elle évoque cet épisode. Elle raconte qu'elle l'a longuement exploité dans "Les mots pour le dire", et qu'elle en fait presque un thème central de sa psychanalyse. Et là, elle explique tout simplement qu'en fait, lors de son analyse, cet épisode fut à peine évoqué, car elle avait pris le temps de le digérer seule. Elle a donc amplifié l'importance de ce récit lors de la psychanalyse dans "Les mots pour le dire". A-t-elle voulu faire du sensationnel pour émouvoir encore le lecteur? Elle aurait pu faire ce récit en lui accordant sa vraie place hors psychanalyse, et expliquer comment, seule, elle avait réussi à exorciser le mal qu'il lui avait causé. Cela aurait tout autant ému le lecteur.
Donc, si elle a brodé là-dessus, on peut se demander si elle n'a pas brodé ailleurs. On peut même se demander si elle n'a pas exagéré certains faits, toujours pour faire du sensationnel. Cela serait très dommage, étant donné qu'elle nous livre ici une femme qui souffre, et que trafiquer cette souffrance serait une tricherie vis-à-vis de celle qu'elle était alors, et vis-à-vis du lecteur.
Autre chose m'a gênée. Dans "Les mots pour le dire", elle raconte un rituel sacré aux yeux de sa mère: celui du nettoyage de la tombe de sa petite soeur, petite fille dans le regret de laquelle sa mère vit. Elle raconte également ce rite dans "La clé sur la porte". Non seulement, elle évoque la même histoire dans deux ouvrages différents, mais en plus, m'étant amusée à comparer les deux récits, j'ai découvert que c'était exactement les mêmes, au mot près. Elle n'a donc pas répété l'histoire d'un livre à l'autre inconsciemment, elle l'a fait en connaissance de cause, en reprenant pour l'un les phrases exactes qu'elle avait utilisées pour l'autre. Elle a dû faire un copier-coller. 
Malgré ces petits détails déplaisants, je recommande ce livre percutant, qui ne peut laisser personne indifférent.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jacqueline Candil Lopez.










Commentaires
1. Le mercredi 12 octobre 2005 à 14:29, par bébange
2. Le mercredi 12 octobre 2005 à 18:02, par La Livrophile
3. Le mardi 17 janvier 2006 à 10:11, par Wippsi
4. Le mardi 17 janvier 2006 à 10:44, par La Livrophile
5. Le mardi 14 février 2006 à 02:06, par 6468464
6. Le mardi 4 avril 2006 à 10:56, par Manon
7. Le mardi 4 avril 2006 à 12:29, par La Livrophile
8. Le lundi 24 avril 2006 à 08:06, par TITIA
9. Le lundi 24 avril 2006 à 17:07, par La Livrophile
10. Le jeudi 5 octobre 2006 à 18:30, par agnès
11. Le jeudi 5 octobre 2006 à 20:56, par La Livrophile
12. Le lundi 16 octobre 2006 à 16:16, par beltoise
13. Le mercredi 10 janvier 2007 à 19:56, par Laëtitia
14. Le mercredi 10 janvier 2007 à 21:03, par La Livrophile
15. Le mercredi 31 janvier 2007 à 20:40, par MIOU
16. Le mercredi 31 janvier 2007 à 22:47, par La Livrophile
17. Le dimanche 4 février 2007 à 18:22, par MIOU
18. Le vendredi 6 juillet 2007 à 17:24, par Anne
19. Le vendredi 6 juillet 2007 à 17:48, par Anne
20. Le vendredi 6 juillet 2007 à 18:15, par La Livrophile
21. Le mercredi 15 août 2007 à 12:29, par rose
22. Le dimanche 19 août 2007 à 13:14, par lavani
23. Le dimanche 19 août 2007 à 13:17, par La Livrophile
24. Le dimanche 21 octobre 2007 à 22:02, par elie_fref
25. Le dimanche 21 octobre 2007 à 22:28, par La Livrophile
26. Le samedi 29 décembre 2007 à 09:19, par TANGO
27. Le mardi 22 janvier 2008 à 14:06, par soso-mimi
28. Le samedi 9 février 2008 à 19:19, par kat
29. Le samedi 15 mars 2008 à 17:27, par ingrid
30. Le samedi 15 mars 2008 à 17:41, par La Livrophile
31. Le lundi 21 avril 2008 à 16:09, par charline
32. Le lundi 21 avril 2008 à 17:25, par La Livrophile
33. Le jeudi 24 avril 2008 à 14:00, par Charline
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