Conduite en état Livresque

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C'était comme de parler d'un ongle retourné à un type qui a connu la seconde guerre mondiale.
Philippe Djian dans "Maudit manège".

lundi 21 juillet 2008

lundi
21
juillet 2008

Le diable dans la tête, de Pierre Salva.

L'ouvrage:
Suzanne a souvent des migraines.
Parfois, elle s'amuse à transpercer l'abdomen des hannetons.
Elle aime bien se promener presque nue dans son appartement.
Parfois, elle voit quelqu'un, et le prend pour quelqu'un d'autre. Elle réalise son erreur en entendant la voix de son interlocuteur.
Un jour, un médecin l'a examinée, et a dit à son mari qu'il faudrait être patient, et que Suzanne guérirait...

Ce jour-là, le mari de Suzanne, Paul, est absent. Quelqu'un sonne chez Suzanne. Celle-ci ouvre la porte en petite tenue, et croit reconnaître Paul. Elle commence alors à se presser contre lui, et se rend compte que ce n'est pas Paul. Prise de panique, elle frappe l'inconnu avec le premier objet qui lui tombe sous la main. L'homme tombe, ne bouge plus... Suzanne est saisie d'effroi: aurait-elle frappé trop fort? Il ne faut surtout pas prévenir la police, sinon, Suzanne pourra dire adieu à sa liberté.

Critique:
J'aime beaucoup Pierre Salva, à propos de qui on trouve peu de renseignements sur internet. Ses romans sont souvent concis et percutants. Celui-ci ne fait pas exception.

Nous suivons Suzanne dans une espèce de labyrinthe. Une seconde de panique lui fait faire quelque chose, et le reste s'enchaîne sans qu'elle puisse arrêter la machine en marche. Bien sûr, une personne saine d'esprit aurait pu tout arrêter en faisant quelque chose de sensé, mais Suzanne est malade. En outre, elle sait que si elle est prise à faire un faux pas, sa liberté lui sera ôtée. C'est pour cela qu'elle agit comme elle le fait.

Au long du roman, Suzanne est confrontée à d'autres personnages, qui, eux, sont équilibrés mentalement. L'auteur sait très bien rendre l'abîme qui sépare ces gens de Suzanne. En outre, le lecteur étant préconditionné par les paramètres donnés par Suzanne, il raisonne comme elle, et n'est pas tellement surpris lorsqu'elle récidive.

De temps en temps, le lecteur se dit quand même que certaines choses ont été trop vite admises. Comment se fait-il que Suzanne possède une telle force? (Je n'en dis pas plus pour ne pas trop vous mettre sur une piste.) Mais il n'a pas vraiment le temps de s'apesantir sur cette question, d'autant que les événements l'incitent à ne pas la creuser.

A la fin, l'auteur joue à nouveau sur le contraste entre ce qui se passe dans la tête de Suzanne et la réalité. Le dénouement pourrait être banal, mais on est tout de même surpris à cause du personnage de Suzanne dont notre esprit est imprégné. Le fait que presque tout soit raconté de son point de vue fait que cette histoire n'est plus banale. La façon de raconter est donc plus importante que les faits.

Une chose m'a agacée: le bébé est toujours appelé «le bébé«. Suzanne l'appelle «poussin«, mais on ne connaît pas son prénom. Il est presque réifié. C'est peut-être intentionnel de la part de l'auteur.
D'autre part, un fait est un peu gros: ce qui arrive au personnage qui «tombe« du balcon. Ici, on tique un peu, mais on pardonne ce petit détail à l'auteur qui, par ailleurs, a su créer un roman haletant, et un personnage dans la peau duquel nous entrons très bien, et dont nous partageons les angoisses.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Arlette Bratschi pour la Bibliothèque Braille Romande.

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lundi 30 juin 2008

lundi
30
juin 2008

L'affaire Lerouge, d'Emile Gaboriau.

L'ouvrage:
La veuve Lerouge est retrouvée assassinée. Cette femme avait une très mauvaise réputation. Elle fréquentait des personnes peu recommandables. La police et le juge d'instruction qui s'occupent de l'affaire n'ont que l'embarras du choix quant aux directions où chercher le coupable.

Bientôt, une sombre histoire surgit du passé. C'est là-dessus que vont se concentrer les efforts des enquêteurs.

Critique:
Ce roman, écrit il y a plus d'un siècle, semble terriblement actuel. Les thèmes abordés pourraient se retrouver dans un thriller écrit par un romancier du vingt-et-unième siècle: l'appât du gain, la jalousie, l'amour, l'esprit de sacrifice...

En outre, l'auteur a su trouver des rebondissements auxquels on ne s'attend pas: l'apparition soudaine d'un personnage qui donne au juge d'instruction les preuves pour arrêter le coupable, la découverte des raisons qui font qu'un personnage semble coupable. Je n'avais pas trouvé comment innocenter le faux coupable. Je me disais bien qu'il était innocent, mais je ne savais pas comment il se faisait que toutes ces preuves étaient contre lui. Je pensais que quelqu'un avait manigancé et fabriqué de fausses preuves. La façon dont l'auteur explique tout cela est bien meilleure, car c'est crédible et inattendu.
En outre, les tourments du juge d'instruction sont très réalistes.

Cependant, le livre est inégal. Si certaines découvertes enchantent le lecteur par leur justesse, d'autres moment sont un peu lassants. D'une manière générale, le livre traîne beaucoup. L'auteur raconte en plusieurs pages ce qui pourrait être résumé en une. J'imagine que ces longueurs ont été voulues par l'auteur afin de mieux planter le décor, camper des personnages consistants. D'autre part, il faut se remettre dans le contexte de l'époque: on écrivait des ouvrages plutôt longs.
Par ailleurs, j'avais découvert qui était le coupable ainsi que son mobile dès le chapitre 13 (le livre comporte 20 chapitres).

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Bernard Delannoy pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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lundi 16 juin 2008

lundi
16
juin 2008

Les millionnaires, de Brad Meltzer.

L'ouvrage:
Oliver et Charlie travaillent tous les deux dans la même banque.
Un soir, par hasard, ils découvrent qu'ils pourraient gagner facilement de l'argent sans faire de tort à qui que ce soit, si ce n'est au trésor public. Ils sont tous deux très tentés, car ils ne roulent pas sur l'or, et ont de grosses factures d'hôpital à payer. En outre, leurs rêves d'avenir semblent inaccessibles.
Oliver est le plus réticent des deux. Ce qu'ils vont faire est quand même une arnaque. Lorsqu'il découvre que son patron fait tout pour freiner sa carrière, et le garder auprès de lui comme un bon toutou, il se décide.

Les deux frères ne savent pas dans quoi ils se sont embarqués. Bientôt, les trois millions qu'ils ont détournés se transforment en trois cent treize millions. De plus, certains agents du FBI les poursuivent pour récupérer l'argent, et leur attribuent le meurtre de l'un d'eux. Ils n'ont qu'une solution: fuir, et essayer de découvrir ce qui se passe.

Critique:
Certains passages du livre sont lents. La course-poursuite est intéressante, mais trop longue. L'épisode où Oliver et Gillian font de la plongée m'a également paru trop long.
En outre, j'avais démasqué l'un des personnages, à l'instar d'un des frères, d'ailleurs. Je ne sentais pas ce personnage, malgré la confiance que lui témoignait l'autre frère.

Malgré ces petits désagréments, ce livre est bon par plusieurs côtés. D'abord, les deux frères évoluent. Cette périlleuse aventure les force à se prendre en main, à regarder leurs faiblesses en face.
D'autre part, la façon dont Maggie fait passer et réceptionne ses messages est ingénieuse. Le lecteur suit son combat contre les deux agents avec beaucoup d'intérêt. Maggie est un personnage très fort. Elle puise son courage dans son amour et dans sa confiance pour ses fils.
Le personnage de Joey est sympathique au lecteur. Elle s'écarte des sentiers battus des policiers qui ont une façon de penser bien précise, et qui n'en démordent pas. Elle enquête intelligemment, elle sait observer les faits, les indices, elle a l'esprit ouvert.

Enfin, le plus extraordinaire de tout est l'invention que découvrent les deux frères. C'est une invention qui ne peut qu'exciter la convoitise. Pourtant, elle ne peut être que néfaste à court et à long terme.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jean-Louis Feuz pour la Bibliothèque Braille Romande. Ce lecteur bénévole lit très bien, a une voix agréable, et met toujours le ton juste. Malheureusement pour moi, dans ce livre, il a prononcé les prénoms anglophones à l'anglaise (surtout Oliver), ce qui m'a fait râler.

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mercredi 14 mai 2008

mercredi
14
mai 2008

La mort n'est pas une fin, d'Agatha Christie

La jeune Renisenb est rentrée chez son père Imhotep, car son mari Khay étant mort, elle ne peut rester seule chez elle avec sa petite fille Teti. Chez son père, rien ne semble avoir changé : ses frères Yahmose, Sobek et Ipy sont tels qu'ils l'ont toujours été, les femmes des deux premiers, Sapity et Kait, se chamaillent toujours autant, le scribe Hori est toujours aussi sage et calme, la vieille Henet se mêle toujours autant de ce qui ne la regarde pas, et Esa, la mère d'Imhotep, bien qu'âgée et quasiment aveugle, est toujours aussi perspicace.
Un jour, Imhotep rentre d'un voyage dans ses demeures du Nord, et amène avec lui Nofret, une belle jeune fille qu'il présente comme sa nouvelle concubine. Il ne se doute pas qu'avec elle entre le Mal dans la maison. Rapidement, les drames se succèdent : Nofret est trouvée morte au pied de la montagne, et les morts s'enchaînent après elle.
Renisenb, Hori et Esa mettent leurs esprits à résoudre cette énigme : Nofret n'aimait personne et personne ne l'aimait, mais ce n'est pas son fantôme qui revient assassiner les membres de la famille. Qui donc leur en veut à ce point, pour vouloir détruire la descendance d'Imhotep ?
Dans cette vaste maison thébaine, personne n'est à l'abri...

Un bon roman à suspense comme je les aime : les crimes s'enchaînent, des esprits supérieurs s'y confrontent, mais il faut attendre la fin du roman pour avoir la clé de l'énigme... Plusieurs fois on pense toucher au but, et avoir trouvé l'assassin, mais plusieurs fois l'auteure nous détrompe de la manière la plus radicale qui soit... Et si les soupçons se dirigent vers un personnage, nous sommes vite détrompés... ou pas !!
La psychologie des personnages est aussi assez fouillée, dans le sens où grâce aux réflexions de Hori, aux interrogations philosophiques de Renisenb, et à la sagesse d'Esa, nous comprenons que l'âme humaine n'est jamais tout à fait comme on pense la percevoir. Et que bien souvent, les apparences sont trompeuses, mais disent la vérité...
On se sent aussi oppressés par l'atmosphère qui règne dans la maison, et personne ne se sent en sécurité dans ce climat. Nous avons envie de dire aux personnages de fuir, de partir le plus loin possible de leur demeure. On compatit aux douleurs des unes, on comprend les doutes des autres, on pardonne l'accablement d'un troisième, on a peur pour les héros... Bref, des personnages qui, bien qu'éloignés dans le temps et dans l'espace, nous sont proches par leurs sentiments et leurs idées.
Somme toute, un roman qui montre toute la modernité et l'intemporalité d'Agatha Christie, qui ici nous fait preuve de son immense talent d'écrivaine à suspense... Bonne lecture !

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lundi 5 mai 2008

lundi
5
mai 2008

Une mort obsédante, de Ruth Rendell.

L'ouvrage:
Depuis quelques temps, Tim reçoit des lettres anonymes. Ces lettres ne sont pas anodines pour lui. Cela évoque de douloureux souvenirs en lui, souvenirs qu'il n'a d'ailleurs jamais pu enfouir au fond de sa mémoire. De prime abord, ces lettres sont sibyllines pour le lecteur. Ce sont elles qui poussent Tim à raconter son histoire, histoire dans laquelle il insère ces lettres.

Critique:
Au départ, Tim explique qu'il veut raconter son histoire, et insère la première lettre qu'il a reçue. Il émaille son récit de ces missives, et au fur et à mesure que l'histoire avance, le lecteur comprend mieux ce que veulent dire ces courriers. C'est une ficelle qu'on retrouve assez souvent, et qui peut générer l'ennui. Cependant, ici, il n'en est rien. D'abord, les lettres racontent des histoires surprenantes, et pas forcément connues.
Ensuite, Tim s'attarde sur la façon dont son histoire a commencé. Cela aussi peut entraîner l'ennui, mais ici, cela permet au lecteur de comprendre la psychologie de Tim, de bien resituer le contexte, l'époque, qui font que certaines choses étaient moins acceptées que maintenant.

Une autre force de ce roman est que divers personnages s'expriment tour à tour. C'est d'abord le récit de Tim, puis une lettre d'Isabelle, puis une autre d'un autre personnage, lettre dans laquelle est enchâssée la fin du récit de Tim. Cela fait qu'on entre dans les pensées des personnages. On voit comment ils se perçoivent et perçoivent les autres. On les comprend mieux. On a l'impression qu'ils se confient au lecteur.
C'est aussi l'occasion pour Ruth Rendell de faire montre d'un grand talent: elle adopte les différents points de vue de ces personnages, et sait parsemer leurs dires de détails qui font que ce n'est plus Ruth Rendell qui écrit, mais Tim ou Isabelle. N'est-ce pas l'ambition de tout écrivain? Ici, c'est réussi!

Les personnages ne sont pas vraiment sympathiques. On comprend leurs motivations, leur psychologie, on s'identifie à eux, on se demande ce qu'on ferait à leur place. Mais ils ne sont pas vraiment sympathiques.
Tim est un garçon égoïste et orgueilleux.
Isabelle semble fade.
Kit est une brute. Il ne pense qu'à lui, au fait qu'il a été trompé.
Seul, Ivo trouve quelque peu grâce à mes yeux, même s'il peut se montrer odieux.

J'avais deviné certaines choses. Je me doutais de ce qui s'était passé après le «premier meurtre«.
Je me doutais qu'un lien unissait deux personnages.
Je n'ai pas trop aimé la fin. Je la trouve trop précipitée, voire bâclée. Le meurtre est élucidé, mais j'ai trouvé cette résolution assez simpliste. Pourquoi la personne a-t-elle tué? Même si, apparemment, elle s'est trompée de victime, pourquoi aurait-elle voulu tuer ce personnage? Il y a une explication, mais elle ne me convainc pas, car l'assassin aurait pu s'y prendre autrement. J'ai peut-être raté quelque chose d'important qui éclairerait ma lanterne...
En outre, la scène que surprend l'avocat, à la fin, m'a semblé déplacée. Je comprends l'attitude de Tim, mais pas celle d'Isabelle. Ce qui attire Isabelle, selon elle, c'est l'amour qu'elle inspirerait, et pas la personne à qui elle l'inspire. Il est normal d'être flattée et de vouloir être aimée ainsi, surtout quand on ne l'a jamais été. Cependant, elle faisait clairement le distingo, et à la fin, elle ne semble plus le faire... Donc, son attitude m'a surprise, et a un peu gâché la fin, pour moi.
Par ailleurs, il semblerait que Tim ait changé, ait énormément mûri. Je trouve ça aussi un peu gros. Pourtant, ce qu'il a vécu, le fait qu'il y réfléchisse et le ressasse pourrait expliquer qu'il ait fait un travail sur lui-même. Mais tout au long de son récit, il n'avait pas vraiment l'air d'être en train d'accomplir ce travail.

Malgré mes trouvailles et la fin, j'ai beaucoup apprécié ce livre. L'histoire est bien écrite, l'intrigue est bien menée. On a envie de savoir la suite, et on ne trouve qui envoie les lettres à Tim que quelques temps avant qu'il ait la solution.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Fabienne-Xavière Sturm pour la Bibliothèque Braille Romande.

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