Conduite en état Livresque

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(...) Anouna éprouva de nouveau la joie de créer un parfum à partir d'odeurs disparates, qui, prises séparément, n'avaient souvent rien de séduisant. Elle aimait cette alchimie.
Serge Brussolo dans "Les prisonnières de Pharaon".

jeudi 28 décembre 2006

jeudi
28
décembre 2006

Juste un coin de ciel bleu, de Gilbert Bordes.

Juste un coin de ciel bleu L'ouvrage:
Aurélien Leconte a la quarantaine. Il est aveugle. Il habite avec son chien, Nestor, dans la maison de sa famille. Depuis que sa mère est morte, il y habite seul. Il adore se disputer avec sa voisine, Marguerite. Ca apporte du piment à sa vie solitaire.
Son frère, Jacques, voudrait vendre la maison familiale, et mettre Aurélien dans un centre pour handicapés. Aurélien s'y refuse. Leurs deux soeurs, Paule et Marie, seraient plutôt d'accord avec Jacques, mais plus par fatalisme que par conviction.
Aurélien décide de contrer les projets de son frère. Il est sûr que s'il va à Lourdes, un miracle aura lieu, et il pourra voir. S'il voit, ses problèmes seront résolus. Il ne devra plus aller dans un centre pour handicapés, et gardera la maison. Il va demander à son ami, François, de l'emmener dans la ville des miracles.

Danielle n'aime plus son mari, Jean-Paul, avec qui elle a eu une fille, Clotilde. Il lui semble même qu'elle ne l'a jamais aimé. Il boit, et cela n'arrange pas ses rapports avec sa femme. Cette fois, c'est sûr, elle va le quitter. Elle va aller s'installer chez son amant, Alain. Seulement, chez Alain, il n'y a pas de place pour les enfants. Danielle doit donc laisser Clotilde chez sa mère, Marguerite.
Clotilde se sent exclue, rejetée. Elle voudrait se faire remarquer. Il faudrait qu'elle fasse une grosse bêtise, pense-t-elle. Là, on la regarderait, elle serait le centre de l'attention.

Critique:
Ce livre ne m'a pas trop plu... Il y a pourtant certaines bonnes choses. Par exemple, la "grosse bêtise" de Clotilde force ses parents à se remettre en question. Ce qu'ils font à la fin est logique. Ils se sont remis en question, ont pris de bonnes résolutions pendant une période de crise, mais vont-ils s'y tenir? Danielle fera-t-elle plus attention à sa fille? Quant à Jean-Paul, il semblerait que sa résolution n'ait pu être tenue... Est-ce parce que quoi qu'il en dise, il avait pris cette résolution en espérant le retour de Danielle?

En outre, il y a un passage amusant, lorsqu'Aurélien devient soudain presque bigot par intérêt, et que François le lui fait remarquer.

Deux personnages trouvent la force de suivre leurs coeurs. Eux sortent vraiment différents des événements qui font le noeud de l'histoire.

Malgré cela, les choses qui m'ont déplu ont été plus fortes que celles sus citées. Par exemple, Aurélien est aveugle, et quand sa mère a essayé de lui trouver une femme, c'était forcément une femme aveugle. Cette façon de penser montre un esprit assez étroit. S'il avait eu un bras cassé, sa femme aurait obligatoirement dû avoir le bras cassé?!
Par ailleurs, il ne voit pas comment est faite une maison, par exemple. Mais il peut l'imaginer. Lorsque Clotilde lui décrit une maison, ce qu'elle dit est logique pour moi. La description qu'en a faite Aurélien était peut-être logique, mais il aurait pu faire celle qu'a faite Clotilde, malgré son handicap.
Pour en finir avec Aurélien, à un moment, il se rend compte qu'en fait, il ne veut pas voir. Il est trop tard, pense-t-il. Il veut rester tel qu'il est. C'est aberrant, de mon point de vue. Pour une personne handicapée, surtout dans notre société, si son handicap pouvait être "guéri", cela luifaciliterait la vie sur bien des points. Je pense donc que la réaction d'Aurélien n'est pas vraisemblable.
Pour moi, l'auteur a donc commis plusieurs maladresses en traitant ce sujet.

Le personnage de Danielle n'est pas sympathique. Elle est centrée sur elle-même: la pauvre petite Danielle dont le mari boit. Elle ne pouvait pas faire autrement qu'abandonner sa fille. elle n'avait pas d'autre choix, pauvre d'elle.
Jacques non plus n'est pas sympathique, mais il est caricatural. On n'arrive pas à le détester tellement il est cliché.

Encore un livre qui n'a pas vraiment su m'émouvoir. Il n'est pas mauvais, mais pas indispensable.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par José Heuzé et Véronique Groux de Mieri pour les éditions VDB.

lundi 20 février 2006

lundi
20
février 2006

Un été prodigue, de Barbara Kingsolver.

Un été prodigue L'auteur:
Barbara Kingsolver a écrit d'autres romans, qui ont tous été couronnés de succès. Pour avoir lu "L'arbre aux haricots" et "Des cochons au paradis" (qui en est la suite), je peux affirmer que je pense ce succès mérité. Le lecteur gagne à connaître cette romancière à l'écriture juste, qui ne se contente pas de petits romans sans consistance qu'on oubliera vite.
Elle a également écrit "Les yeux dans les arbres" que je compte lire bientôt.
Quant à ses essais, je n'en n'ai lu aucun.

L'ouvrage:
Deanna Wolfe travaille pour l'office des forêts. Dans la montagne des Appalaches, elle étudie la faune. Elle est coupée du monde, et elle en est très heureuse. C'est une amoureuse de la nature, et elle se sent très bien ainsi. Son espace va être envahi, sa tranquillité sera troublée par la venue d'Eddie Bondo, un jeune chasseur. Outre qu'il dérange Deanna, il veut chasser les coyotes, et elle est absolument contre cela.

Lusa et Cole ont eu le coup de foudre. Ils se sont mariés, et Lusa est venue vivre au milieu de la grande famille de son mari. A la mort accidentelle de Cole, Lusa héritera de la ferme familiale, étant sa femme. Elle se sent rejetée par la famille de Cole. Elle sent qu'elle devra prouver qu'elle aussi est attachée à cette terre, à cette ferme.

Garnett Walker essaie de faire pousser une nouvelle variété de châtaigners.
Nannie Rawley est sa voisine. Elle cultive des pommes biologiques.
Au cours de l'été raconté dans le roman, ils vont se disputer à propos de religion, de pesticides, d'eux-mêmes...

Critique:
J'ai adoré ce roman! Il se lit très bien, et on y apprend une foule de choses sur la nature. Les relations humaines y sont analysées avec justesse.

Deanna, l'amoureuse de la nature, des animaux, de la vie à la montagne est un personnage passionnant. Sa théorie qu'il ne faut pas tuer les prédateurs est très intéressante. En outre, elle nous apprend beaucoup sur les animaux.
On s'identifie assez à elle, (ainsi qu'à Lusa, d'ailleurs).

Lusa se sent rejetée, et agit en conséquences. Plus tard, elle apprend ce qu'onlui "reproche" vraiment, et c'est beaucoup plus compliqué, et donc plusintéressant,que ce qu'elle croit au premier abord. En outre, on imaginedéjà toute la famille de Cole se liguand contre elle. Or, il n'en n'est rien. Certains d'entre eux aiment bien Lusa, d'autres ne la comprennent pas bien, et d'autres la rejettent.
Par ailleurs, Lusa refuse de cultiver du tabac, ce qui se fait dans la famille de Cole. Elle a une idée toute autre, une idée révolutionnaire, qui lui attirera également les critiques de certains.
Enfin, si Deanna nous apprend beaucoup sur la faune, Lusa nous en apprend sur la flore, ainsi que Nannie et Garnett, d'ailleurs.

Garnett peut paraître acariâtre et aigri. On peut croire qu'il fait tout pour empoisonner la vie de Nannie. Pourtant, il n'est pas si mauvais. Nannie le sait bien, puisqu'elle cherche toujours le dialogue avec lui.

Nannie a beaucoup souffert, dans sa vie. Elle est humble, respectueuse de la vie, de la nature, des gens. Elle se révèle très sage lors des échanges entre Garnett et elle.

Au cours de cet été, tous les personnages vont vivre des événements qui décideront du reste de leur vie. La vie de Deanna prendra un tournant inattendu. Lusa va découvrir certaines choses sur elle-même et sur la vie, grâce à Jewel et à ses enfants. Quant à Garnett, il finira par faire tomber ses barrières, sa carapace. Cela se voit surtout dans une scène très amusante: lorsqu'il est jaloux de l'homme qu'il voit depuis plusieurs jours chez Nannie...

Ce roman de Barbara Kingsolver est une ode à la nature, un chant d'espoir et d'amour. Je le recommande absolument!

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

lundi 19 décembre 2005

lundi
19
décembre 2005

La petite école dans la montagne, de Michel Jeury.

La petite école dans la montagne L'ouvrage:
1908.
Victor Chambost, 29 ans, est instituteur. Il est nommé dans le petit village de Saint-Just, dans le mont Pilat. Le maire, Louis Malatret, aurait voulu une école mixte, mais les moeurs sont encore trop frileuses, et il y a une classe de garçons, où officiera Victor, et une classe de filles, où travaille Emilie Gilbert, depuis quelques années.

Dans sa classe, Victor fait une découverte: un jeune berger, quasi abandonné, Colin Plasson (dit Colinet), qui a la soif d'apprendre. Il dévore ses livres de classe, s'attaque aux problèmes les plus ardus... C'est lui, la locomotive de la classe. Grâce à lui, certains s'accrochent, et Victor espère avoir au moins trois ou quatre candidats au certificat.

Mais un jour, tout bascule. La mère de Colinet meurt, et son oncle trouve inutile que l'enfant continue ses études. Il veut faire de lui un meunier, comme lui-même. Colinet aurait pu se résigner, n'étant qu'un enfant, mais le petit garçon hypersensible qui versait des torrents de larmes parce que les chiens dans "Rémi sans famille" étaient morts, vivra cela comme une tragédie, et une trahison de la part de Victor, qui, pourtant, fera tout pour l'aider.

Critique:
Je m'attendais au genre de livres comme "Le fils du pauvre" de Mouloud Feraoun ou "La rue cases nègres" de Joseph Zobel. Je pensais: un instituteur découvre un jeune prodige, il va le hisser jusqu'à de brillantes études. Ca avait l'air sympathique, mais un peu rebattu, comme thème. Surtout que quand on a lu "L'année du certif" et "La classe du brevet", du même auteur, on s'attend à un livre de ce genre. Heureusement, il se passe des choses qui détourne le livre de la voie qu'on lui trace. D'abord, Colinet ne peut pas continuer ses études. Il est condamné à être confiné dans un travail qu'il n'aime pas, dans une famille qu'il n'apprécie peut-être pas, puisqu'elle l'empêche de s'adonner à sa passion. On imagine pour lui une vie étriquée, pleine de déceptions, une vie qu'il passerait à en mourir. Là encore, cela ne se passe pas ainsi. Michel Jeury arrive à nous surprendre, et c'est très bien.

Il y a une chose à laquelle on s'attend un peu: l'histoire d'amour. On n'en n'est pas absolument sûr, mais on la voit venir. Pourtant, elle ne déçoit pas, lorsqu'elle arrive. Elle est attendue, mais pas téléphonée. Je la trouve assez jolie.

D'autre part, certains personnages sont très intéressants.
Victor est attachant.
Le maire est intéressant, car il a l'air d'être ouvert, et d'avoir des idées progressistes, tout comme sa femme, "la Reine Constance".
Julie est un peu l'archétype du personnage prisonnier qui veut s'en sortir. On est content qu'elle puisse réaliser son rêve.
Quant à Emilie, elle est parfois agaçante. Elle a des idées que je partage, mais, peut-être à force d'être brimée, à force de voir à quel point certains sont rétrogrades, elle est très sarcastique, ironique, et parfois, agressive. Elle veut faire passer ses idées, mais ne s'y prend pas correctement. On est d'accord avec ce qu'elle veut faire passer, mais sa méthode fait grincer des dents. Pourtant, on ne peut s'empêcher de se demander comment on réagirait à sa place.

C'est un livre très plaisant, que j'ai beaucoup aimé lire. ... La déception de la fin fut d'autant plus cruelle. En effet, quelque chose qui ne m'a pas plu arrive à la fin, quelque chose de totalement inattendu, et de gratuit. Bien sûr, je suis soucieuse de réalisme et de vraisemblance dans les romans, et on me dira que cette fin est tout à fait réaliste, et vraisemblable. Soit, mais si la chose qui ne m'a pas plu n'était pas arrivée, le livre aurait été tout aussi vraisemblable et réaliste. Dans les romans, quand une fin heureuse n'est pas tirée par les cheveux, je la préfère nettement à une fin triste. Et là, cela n'aurait pas été tiré par les cheveux. En outre, quand on connaît Jeury pour les deux ouvrages précédemment cités, on s'étonne de cette fin. J'aimerais bien savoir pourquoi il a fait une telle fin.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Christophe Caysac pour les éditions VDB.

jeudi 27 octobre 2005

jeudi
27
octobre 2005

Les affluents du ciel, de Jean-Guy Soumy.

Les affluents du ciel L'ouvrage:
Vers la fin du 19ième siècle, nous faisons la connaissance de la famille Sérillac, dans leur propriété d'Aiguemont. Les parents, Pierre et Clara, s'aiment d'un amour profond. Leur bonheur serait sans taches s'ils n'avaient pas un grand désaccord quant à l'un de leur fils, Arnaud. Celui-ci est rêveur, il joue avec les mots, et a les poches percées. Il dit ne pas accorder d'importance à l'argent, mais il sait aller quémander auprès de papa quand il en a besoin pour rembourser des dettes contractées par inconséquence. Clara ne peut s'empêcher de lui trouver des excuses, alors que Pierre ne décolère pas de la légèreté de son fils.
Un jour, une dispute due à une autre inconduite d'Arnaud, met Pierre dans une telle rage qu'il chasse son fils. Il fait d'ailleurs valoir qu'Arnaud vient de gaspiller sa dernière chance, étant donné que lors de sa précédente incartade, il s'était engagé à ne plus recommencer ou à être chassé de la propriété, et renié.

Après le départ d'Arnaud, Clara, folle de douleur, s'enfuit. On la retrouve, quelques heures plus tard, morte d'une piqûre de serpent.
C'est alors que la vie de Pierre Sérillac bascule. Il ne sera plus le même à cause de cette perte.

En outre, une ligne de chemin de fer va être construite, et passera par la propriété d'Aiguemont, dont un endroit qu'affectionnait Clara. Pierre ne le supporte pas. Il va faire un caprice de riche, en exigeant qu'un tunnel passe à la place de la ligne. Ainsi, ce qu'il aime ne sera pas détruit.

Pierre a deux autres enfants. François est le futur héritier d'Aiguemont. Mathilde est douce, et pleine d'abnégation. Elle se dévoue corps et âme à son père, à son frère Arnaud, au domaine...

Critique:
Ca fait plaisir de lire un roman comme ça de Jean-Guy Soumy. Je ne dis pas que c'est un chef d'oeuvre, mais je ne peux évoquer sans frémir un autre ouvrage de cet auteur que j'ai détesté: "La tempête". C'est mièvre, cliché, attendu, plat... J'avais lu d'autres ouvrages de cet auteur, mais "La tempête m'avait tellement désolée que j'avais peur qu'il se soit mis à écrire n'importe quoi.
Même si "Les affluents du ciel" n'est pas une pure merveille, je pense que c'est mon roman préféré de Jean-Guy Soumy, sur les quatre que j'ai lus.

C'est un roman du terroir, qui raconte l'histoire d'une famille confrontée à des drames personnels, et au progrès qui la bouleverse. Les personnages nous font passer par plusieurs sentiments. On en veut à Clara qui aime son fils sans restrictions. On a l'impression qu'elle lui dirait "tu as raison" s'il la poignardait. Bien sûr, on comprend aussi cet amour qu'elle voue à son fils, un amour égal à celui que toute mère devrait éprouver pour son enfant. Seulement, il est clair que Clara n'éprouve pas le même amour pour ses autres enfants. Cet amour absolu ne va qu'à Arnaud. De plus, on peut éprouver un grand amour pour son enfant tout en étant lucide quant à lui.

Pierre attendrit et exaspère le lecteur à la fois. Lui aussi aime Arnaud, mais son amour es plus réaliste, plus lucide. Arnaud est quand même quelqu'un d'assez détestable. Soit, il réussit à publier sept poèmes, mais il s'endette, et refuse d'assumer ses responsabilités. Le lecteur n'est pas vraiment triste de ce qui lui arrive par la suite.
D'autre part, le caprice de Pierre, qui montre qu'avec des relations haut placées et de l'argent, on peut faire n'importe quoi, agace le lecteur, surtout avec ce qui se passe ensuite. Cependant, Pierre, qui n'a pas supporté la mort de Clara, veut préserver son domaine, et surtout l'endroit qu'aimait la défunte. Le lecteur comprend que sa douleur le fasse agir comme un enfant gâté.
Au passage, quelque chose m'a vraiment énervée: lorsque l'auteur parle de Pierre, il dit presque tout le temps Pierre Sérillac. J'ai trouvé ça très lourd.

Mon personnage préféré est Mathilde. Mathilde décide de se sacrifier pour son père et le domaine. Elle pense que de toute façon, elle ne rencontrera jamais l'amour, personne ne s'intéressera à elle. C'est alors qu'elle rencontre Paul...
Bon, là, c'est un peu cliché, parce que le lecteur est persuadé que Paul et Mathilde vont finir par s'aimer...

Tous ces personnages, et d'autres, ont une histoire, ont des choix à faire. Tout cela fait que ce roman est agréable à lire.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Anne-Marie Scaramuzzi pour la Bibliothèque Braille Romande.

lundi 23 mai 2005

lundi
23
mai 2005

Au bonheur du matin, de Marie-Paule Armand.

Au bonheur du matin L'ouvrage:
Au début du vingtième siècle, la petite Rosalind, six ans, vit heureuse avec sa mère, Hortense, et sa grand-tante, Augustine. Mais la guerre éclate, les allemands envahissent la France, et entre autres, le village où vit la petite fille. Sa mère et sa grand-tante ne veulent pas partir, ne sentant pas le danger si proche, et ne voulant pas laisser leur maison. Mais elles veulent protéger Rosalind, et la confient à Colette, la soeur du futur époux d'Hortense. Le village est brûlé, Hortense et Augustine n'iront jamais chercher Rosalind chez le beau-père de Colette.
Afin de se conformer à la dernière volonté d'Hortense, Colette emmène Rosalind vivre chez son grand-père, le père d'Hortense. Celui-ci a rejeté sa fille, et accueille sa petite-fille avec réticence. C'est ici que Rosalind va grandir...

Critique:
Il est vrai que ce roman contient pas mal de clichés: on se doute de la raison pour laquelle le père d'Hortense l'a rejetée; Rosalind ne supporte pas l'amour physique avec l'homme qu'elle n'aime pas; l'homme qu'elle aime, elle l'aime au premier regard (ce qui, en plus, est assez invraisemblable); le dénouement est un peu gros, aussi. La belle-mère de Rosalind est méchante, névrosée, maniaque, autoritaire... assez clichée aussi. Ce sont les ingrédients un peu convenus des sagas ou des romans de ce genre. Mais même si on voit venir Marie-Paule Armand sur certaines situations, on l'excuse bien volontiers, car on se plonge facilement dans son livre.

Malgré quelques clichés, l'histoire et les personnages ne sont pas toujours des topoi de ce genre de romans. Il y a aussi quelques surprises. Par exemple, on se doute que le petit garçon esseulé du prologue et Rosalind vont se rencontrer, mais on n'arrive pas à savoir comment, jusqu'à ce que Marie-Paule Armand nous donne elle-même la clé.
D'autre part, le grand-père de Rosalind est très sévère avec elle, par peur de l'aimer et de souffrir, mais ce n'est pas le personnage convenu de ce genre de romans. Ce n'est pas quelqu'un qui est sévère juste pour avoir la mainmise sur les gens. Sa psychologie est très intéressante, et le lecteur se prend à l'apprécier, surtout quand Rosalind s'entiche de Marcial. Plus tard, on pense quand même qu'il va voir que Rosalind n'est pas amoureuse de son promis (dont je tais le nom pour préserver la découverte), et qu'il va la conforter dans son idée qu'elle ne devrait pas l'épouser si elle ne l'aime pas. Seulement, il dit comme les autres à qui elle demande conseil: Rosalind doit épouser celui qui lui demande sa main. Pourtant, le grand-père est plus fin que certains personnages auprès de qui Rosalind prend conseil. Mais il est poussé par la crainte que sa petite-fille se déshonnore. Au moins, si elle se marie, pense-t-il, elle évite ce danger.

Même si le dénouement est un peu tiré par les cheveux, il n'est pas trop gros, et il satisfait le lecteur qui aime ce genre de fin. En outre, on ne s'attend pas à ce que nous révèle l'épilogue.

C'est donc un gentil petit roman, dépeignant la vie d'une jeune fille simple, qui a ses forces et ses faiblesses, qui est un peu naïve sans être gnan gnan, et qui est globalement sympathique au lecteur. Ce livre est un bon moment de détente, on ne se prend pas la tête, on se laisse porter par l'histoire et les événements.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Arlette Bratschi pour la Bibliothèque Braille Romande.