Conduite en état Livresque

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Avoir du style, c'est s'arrêter avant d'en faire trop.
Philippe Djian dans "37,2 le matin".

mercredi 13 juin 2007

mercredi
13
juin 2007

Odette Toulemonde et autres histoires, d’Eric-Emmanuel Schmitt

Wanda Winnipeg : Elle est riche, respectée, fréquente la jet-set et mène la vie dorée des privilégiés, toujours la critique à la bouche, experte en mariages intéressés et divorces encore plus juteux, une star des magazines people. Lors d’une sortie entre « amis » sur une plage du Sud de la France, un vieillard fait ressurgir en elle son passé…

C’est beau un jour de pluie : Hélène est une pessimiste maniaque, depuis sa plus tendre enfance. Elle voit toujours le mauvais côté des choses. Elle collectionne les hommes car elle n’est jamais satisfaite de ce qu’ils lui apportent : ce n’est jamais l’homme parfait. Un jour, Antoine, un parfait optimiste qu’elle n’arrive pas à quitter, la demande en mariage.

L’intruse : Odile Versini est seule dans son appartement parisien pendant l’été de la canicule. Plusieurs fois, elle voit une vieille femme qui pénètre dans sin appartement, à chaque fois des objets sont déplacés. Mais la police qu’elle appelle au secours ne trouve jamais personne, malgré de minutieuses fouilles…

Le faux : Quelque chose s’est brisée en Aimée Favard le jour où Georges, son patron et amant depuis vingt-cinq ans, lui annonce que sa femme et lui vont finir leurs jours dans le Sud de la France. De ce jour, elle décide de se montrer intraitable, inflexible avec les hommes, mais surtout misanthrope. Un jour, la concierge de l’immeuble lui demande d’accepter de louer une chambre d’ami à des étudiantes de l’université voisine.

Tout pour être heureuse : Isabelle a tout pour être heureuse : une richesse personnelle, un mari aimant et attentionné, des amies aussi superficielles qu’elle, pas d’enfants, mais elle ne souhaite pas en avoir. Elle cache un lourd secret, mais personne n’en a connaissance. Sur les conseils d’une amie, elle va dans un tout nouvel espace beauté, mais une manucure semble la reconnaître, alors qu’elle ne l’a jamais vue…

La princesse aux pieds nus : Fabio est acteur, il a connu son heure de gloire voici dix-sept ans, dans un feuilleton où il tenait le premier rôle. La gloire passée, il s’est engagé dans une petite troupe d’amateur qui tourne dans tout l’Italie. Il revient dans un village de Sicile, où il se souvient avoir vécu l’une des plus belles nuits de sa vie, en compagnie d’une jeune femme qui se promenait pieds nus, et rêve de la retrouver…

Odette Toulemonde : Balthazar Balsan a tout pour lui, richesse, succès, belle femme, un fils. Il est écrivain à succès. Un jour, un critique descend son dernier roman, et il sombre dans la dépression. Odette Toulemonde est veuve, c’est une petite vendeuse belge qui s’évade grâce aux romans de ce dernier, qu’elle adore. La lettre qu’elle lui écrit donne à Balsan l’idée de venir chez elle prendre « des cours de bonheur ».

Le plus beau livre du monde : Russie, années 50. Dans un goulag de Sibérie, une poignée de jeunes femmes est réunie dans un camp d’opposantes au régime de Staline. Un jour, une nouvelle venue apporte un espoir : ses cheveux pourraient bien cacher ce que toutes ces femmes attendent depuis si longtemps…

Voici un recueil qui est bien agréable à lire, bien que rapide. On y prend une dose de bonne humeur et d’optimiste, beaucoup d’émotion aussi, à travers ces portraits de huit femmes, huit histoires d’amour, huit bulles de tendresse.
Chaque femme cache un secret, que l’auteur nous dévoile petit à petit, sans trop nous en dire, pour nous laisser dans le flou le plus longtemps possible. Il nous arrive de nous douter rapidement de ce dont il s’agit (par exemple dans L’intruse, j’ai très rapidement deviné de ce dont il retournait), mais la façon très délicate de traiter chaque portrait apporte une touche différente de la vision que nous avons d’habitude de ces secrets.
Souvent pendant ma lecture, une boule de chagrin s’est logée dans ma loge (la première pour C’est beau un jour de pluie), même si souvent aussi le sourire me venait aux lèvres, car l’auteur aime finir ces nouvelles par une pirouette inattendue, non pas vraiment comique, mais d’une grande tendresse.
La nouvelle-titre de ce recueil est née d’une démarche inhabituelle, d’après ce que nous dit l’auteur dans son appendice : il avait écrit un film, Odette Toulemonde, et était en train de le réaliser, quand il a eu envie, en grande partie parce qu’on lui demandait de ne plus écrire le temps de s’occuper de son film, de reprendre la plume, à la sauvette, et de faire de son scénario une nouvelle. Le film est sorti peu après ce recueil, avant Noël, avec Catherine Frot dans le rôle-titre, et Albert Dupontel dans celui de l’écrivain Balsan. Je n’ai pas vu le film, mais j’ai entendu des avis divergents à son sujet : dégoulinant de bons sentiments pour les uns, véritable bulle de bonheur pour les autres. Je pense que ce recueil de nouvelles est à l’image du film, et des réactions que les spectateurs ont eues : certains aimeront, d’autres le trouveront mièvre. Je fais partie de la première catégorie, et je ne m’en cache pas !
Cette nouvelle n’est pas à mon sens la plus réussie de ce recueil, et il est peut-être dommage que l’auteur l’ait érigée en titre de l’ensemble (probablement pour profiter de l’effet et du succès éventuel du film), mais cela relève de son choix, et nous ne pouvons le discuter.

Je vous espère autant de plaisir qu’à moi lorsque vous lirez ce livre, puisse-t-il chasser les mauvais nuages qui s’accumulent parfois au-dessus de nos têtes…

mercredi 11 octobre 2006

mercredi
11
octobre 2006

Allo, Hercule Poirot, d'Agatha Christie

L'auteur :
Parce qu'une intrigue policière est un bon dérivatif et que ses contemporains, pris comme elle dans les remous de la guerre de 1914-1918, ont besoin de se changer les idées, une jeune Anglaise (à demi Américaine par son père) s'amuse à écrire un roman policier en dehors de son service d'infirmière volontaire. Elle s'appelle Agatha Miller et vient d'épouser Archibald Christie. Elle est née en 1890 à Torquay, dans le Devon, où elle a reçu à domicile une éducation soignée, et elle écrit depuis longtemps poèmes, contes ou nouvelles. Son premier roman, La Mystérieuse Affaire de Styles, ne trouve éditeur qu'en 1920. Son septième, Le Meurtre de Roger Ackroyd, classe en 1926 Agatha Christie parmi les «grands» du policier et son héros, le détective belge Hercule Poirot, parmi les vedettes du genre, où le rejoindra la sagace Miss Marple. Le succès est dès lors assuré à tous ses ouvrages qui paraissent au rythme d'un ou deux par an. Divorcée en 1928, Agatha Christie s'est remariée en 1930 avec l'archéologue Max Mallowan qu'elle accompagne en Syrie et en Irak dans ses campagnes de fouilles, comme elle le dit dans son autobiographie: Come, tell me how you live (Dites-moi comment vous vivez, 1946). Sous le nom de Mary Westmacott, elle a publié deux romans classiques : Absent in the Spring (Absent au printemps, 1944) et The Rose and the Yew Tree (La Rose et l'If, 1948). Enfin, elle a triomphé au théâtre dans Witness for the Prosecution (Témoin à charge, 1953). Agatha Christie est morte dans sa résidence de Wallingford, près d'Oxford (Angleterre), en janvier 1976. Elle est un des auteurs les plus lus dans le monde.

Allo Hercule Poirot

Tout le monde connaît l'un des plus célèbres détectives européens de la littérature anglaise, le fameux Hercule Poirot, belge de naissance mais anglais d'adoption. Et tout le monde a au moins entendu une fois le nom de sa célèbre auteure, Agatha Christie. Dans ce recueil de six nouvelles, cette dernière nous offre un concentré de son talent d'écrivaine, en nous proposant trois aventures d'Hercule Poirot, et trois nouvelles à sonorité plus fantastique.
Dans la première énigme, Hercule Poirot relève le défi de résoudre la disparition d'un célèbre banquier londonien sans se lever de sa chaise, se contentant des éléments que lui apporte l'inspecteur Japp, le policier dont l'équipe est chargé de l'enquête.
Puis il s'emploie à retrouver qui a volé les bijoux d'un farfelu collectionneur, rencontrant à cette occasion la russe comtesse Rosakoff, qu'il retrouvera au cours d'autres enquêtes.
Enfin, il se donne pour but d'empêcher un de ses amis de commettre un meurtre, ou du moins de donner la mort par désespoir en laissant retomber les soupçons sur un rival.
Dans la poupée de la couturière, nous voyons apparaître une poupée qui semble animée, pleine de vie, qui se déplace seule dans une pièce fermée à clé, et dont tout le monde se méfie.
Puis dans Le signal rouge, un groupe d'amis est concerné par un problème de folie meurtrière congénitale, mais le malade n'est pas celui que l'on croit...
Enfin, dans S.O.S., un jeune homme arrive un soir de tempête dans une maison à l'atmosphère inquiétante, où seul le jeune homme de la famille semble insouciant.

En résumé, dans ces six nouvelles, Agatha nous donne un aperçu de tout son talent d'écrivain, dans le registre policier et le registre fantastique, et je trouve que la seconde partie de ce recueil est plus propre à faire froid dans le dos. L'inquiétante poupée vivante, l'atmosphère oppressante des deux dernières nouvelles, tout contribue à nous faire frissonner, mais de plaisir, évidemment ! Car l'avantage, pour moi qui n'aime pas trop ce genre de littérature, c'est que ces nouvelles ne sont que de quelques pages, elles ne sont pas trop longues, donc ça va. Ceci dit, je pense que c'est du très concentré, elles laissent une impression bizarre, et nous n'aimerions pas nous retrouver dans les situations décrites ! Il faudrait que qqn qui apprécie les romans à suspense fantastique comme ces nouvelles les lisent et nous dise ce qu'il en pense, de son point de vue à lui...
En bref, je vous conseille ces nouvelles, ainsi que la plupart des enquêtes d'Hercule Poirot et Miss Marple (ce sont mes préférés dans tous les romans d'Agatha Christie), vous aurez un excellent aperçu du talent de l'auteur, et vous pourrez ensuite vous plonger dans ses opera les plus fameux, tels les Dix Petits Nègres, pour ne citer que lui ! ;)

lundi 18 septembre 2006

lundi
18
septembre 2006

La gauchère, de Leslie Bedos.

La gauchère L'ouvrage:
Ce livre se compose de onze nouvelles. D'une manière générale, ces nouvelles montrent des personnes dans des situations déplaisantes, ou de mal être.

"Les gens sont ridicules" nous montre une femme extrêmement gaffeuse.

Dans "La grille", une enfant se voit privée de regarder par la fenêtre de sa chambre. En effet, ses parents font poser une grille, parce qu'on ne sait jamais, un accident est si vite arrivé... Mais la petite fille en souffre.

Dans "Ca manque de cul", une jeune femme accepte de travailler dans un magazine cochon, parce qu'elle a besoin d'argent. Mais ce n'est absolument pas son truc.

"Ils s'aiment", c'est un couple qui s'aime à sa manière.

Dans "Elle a lâché la barre", une femme se retrouve désoeuvrée, car ses enfants s'en vont en colonie, et son mari est parti.

Dans "Lucienne et Lucien", une femme parle avec attendrissement de ses deux enfants.

Dans "La gauchère", une femme se retrouve dans une situation qu'elle n'a pas voulue, par sa faute. Sans trop savoir pourquoi, elle sympathisent avec deux petites garces. Elle sait qu'elle ne doit pas avoir confiance en elles, mais elle leur donne les clés de sa voiture de location.

Dans "L'amie", une femme parle de sa meilleure amie...

Dans "La petite ville", une femme est jalouse de sa soeur, qui n'est jamais en retard, ne rate jamais le dîner, est belle... Et tout bascule...

Dans "Le stand", une femme réalise son rêve: être vendeuse. Pour une matinée, elle gagne le droit d'avoir un stand.

Dans "L'avance", une femme raconte qu'elle essaie d'écrire un roman, et n'y arrive pas.

Critique:
Je ne vais pas détailler toutes les nouvelles, car ce serait trop long.

D'abord, mon horizon d'attente n'a pas été satisfait. En effet, j'ai lu ce livre en m'attendant à autre chose. Ma bibliothèque l'avait, par erreur, classé à "Romans", et la quatrième de couverture propose un extrait de la première nouvelle, la seule qui soit amusante. Donc, au début, j'ai pensé que c'était un roman humoritiique.
Après une petite déception, je me suis tout de même intéressée à ces nouvelles.

Certaines d'entre elles sont plus fortes que d'autres, à mon avis. La première fait partie de celles-là. D'abord, parce que c'est la seule qui fait rire. Bien sûr, on se moque de la pauvre gaffeuse, dont les gaffes seraient dignes de Bêtises mêlées. Mais ensuite, on commence à entrer dans une situation de mal être, lorsque cette femme nous explique qu'elle est seule, que les amis à qui elle téléphone ne la rappellent pas...

La deuxième nouvelle nous plonge totalement dans un sentiment de malaise. La famille décrite ici ne s'aime pas, ne sait pas communiquer... Au lieu de dire à leurs enfants de faire attention à la fenêtre, les parents mettent des grilles. Et ils sont trop préoccupés par eux-mêmes pour voir que cela déstabilise totalement leur fille aînée. Une chose si simple, la fillette ne peut pas en parler, elle ne serait pas écoutée ou comprise... Cette nouvelle est oppressante, d'autant plus qu'il y a une note d'humour grinçant: quand on dit à la petite fille que quelqu'un est mort sur le coup, elle comprend "sur le cou", et jusqu'à la fin de la nouvelle, cela revient.

"La gauchère" fait penser à ce genre de situations où l'on se met, alors qu'on sait que cela va nous être néfaste. Pourquoi l'héroïne de cette nouvelle fait-elle cela? Parce qu'elle en a eu marre d'être seule, elle a sympathisé avec les deux pestes. Et étant pressée par le temps, elle leur donne les clés de sa voiture de location, les chargeant de la rendre. Elle fait une bêtise, en ayant conscience que c'en est une. Mais n'est-ce pas déjà arrivé à chacun de nous? (En moins grave, bien sûr.)

Si la situation de "La gauchère" peut se comprendre, celle de "L'amie" est un peu plus dure à accepter. La meilleure amie dont nous parle l'héroïne est une véritable peste. Et malgré cela, l'héroïne veut rester son amie. Il est vrai qu'il existe des personnes qui ont du charisme, et dont on a envie d'être proche. Mais en amitié, c'est quand même moins difficile de s'éloigner qu'en amour. Quand une personne agit contre l'amitié que lui porte l'autre, l'autre a plutôt le réflexe de s'éloigner, même si ce n'est pas totalement.

Dans "L'avance", l'héroïne nous raconte son malaise grandissant. On l'imagine très bien. Et on ne peut s'empêcher de se demander si cette nouvelle ne serait pas un peu autobiographique.

D'une manière générale, ces nouvelles dépeignent des situations oppressantes. Certaines sont un peu plus légères que d'autres. Je conseille ce livre, qui décrit avec justesse toutes ces situations.

A noter que les personnages principaux sont toujours des personnes de sexe féminin. Parfois, il y a des hommes et des petits garçons, mais ce sont toujours des femmes qui racontent.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Marie-France Javet pour la Bibliothèque Sonore Romande.

mercredi 22 mars 2006

mercredi
22
mars 2006

Histoires inédites du Petit Nicolas, de Sempé et Goscinny

Goscinny est l'un des pères des aventures d'Astérix, Obélix et de toute une bande de Gaulois que nous connaissons bien et qui continuent à résister encore et toujours à l'envahisseur romain, mais aussi d'un Indien, Oumpah-Pah le peau-rouge (toujours en collaboration avec Uderzo). Il fut le scénariste de nombreux autres héros et dessinateurs de BD, et également l'auteur d'histoires plus ou moins courtes pour adultes et pour enfants, partant du principe qu'un adulte a été un enfant un jour et qu'il doit savoir garder cet émerveillement que l'on a tendance à perdre en grandissant.
Sempé est quant à lui un dessinateur plein de poésie et de tendresse, maniant l'humour et le cocasse comme il manie sa plume et ses pinceaux (il y a pas mal de dessins à l'encre), nous régalant d'un monde qui nous semble parfois décalé, car il reflète la société des années 60-70-80. En quelques traits simples et touches de couleurs, il retrace un univers de poésie et de tendresse, d'humour parfois caustique et corrosif, sachant très bien tirer à celui qui le regarde et le lit un sourire rarement jaune...
Tous deux se sont associés pour créer une bande de personnages sympathiques et enfantins, l'un écrivant les textes que l'autre illustrait avec plaisir, et c'est aujourd'hui avec émotion que nous avons l'occasion de nous replonger dans cet univers de l'enfance et de l'école.

Petit Nicolas

Qui n'a jamais lu, dans son enfance, au moins une histoire du Petit Nicolas ? Qui ne se souvient avec tendresse de ces petits personnages, Rufus, Agnan, Alceste, Geoffroy, et tous les copains de l'école ? Qui n'a jamais tremblé en lisant les mimiques du Bouillon, n'a jamais eu peur de le rencontrer au coin de la rue ? Et les histoires entre les adultes, qui se révèlent parfois aussi gamins que leurs enfants ?
Le Petit Nicolas et sa bande copains nous ont tous séduits dans notre enfance, ils sont restés vivaces dans notre souvenir. Il y en avait plusieurs tomes, Le Petit Nicolas, Les Vacances du Petit Nicolas, La Rentrée du Petit Nicolas... Mais voici qu'en rangeant les papiers de son père, la fille de Goscinny a retrouvé par hasard une somme de nouvelles histoires, encore jamais publiées en recueil, mais déjà toutes illustrées par l'illustre Sempé, et qu'elle décide d'en faire profiter le public. A la rentrée dernière, cette somme de quatre-vingts nouvelles histoires fait un tabac, les adultes s'y replongent avec délice, puis le prêtent à leurs enfants et petits enfants, (re)découvrant ces petits personnages plein de tendresse et d'humour qui portent un regard d'enfant sur le monde qui nous entoure.
Nous découvrons au fil de ces petites histoires l'aménagement de nouveaux voisins (et l'avènement de la jeune Marie-Edwige dans la vie de Nicolas), les disputes de Papa avec Blédurt, le voisin, les jeux entres les jeunes garçons, l'anniversaire de Geoffroy, le train électrique d'Alceste, la nouvelle voiture de Papa, le nouveau surveillant de l'école, M. Mouchabière, la punition collective surveillée par le Bouillon, la maîtresse remplaçante de Nicolas... Autant de personnages qui nous deviennent aussi familiers que si nous les avions toujours connus !

J'ai beaucoup aimé me replonger dans ces histoires. La narration se fait à la première personne, c'est Nicolas qui parle. Il est encore jeune et ne sait pas toujours bien s'exprimer, ce qui se ressent dans ses paroles (ils sont toujours "un tas de chouette copains"), il fait souvent de grandes digressions pour raconter tel ou tel événement qui n'a pas forcément rapport avec le propos principal, mais cela reflète très bien la façon qu'ont les enfants de s'exprimer quand ils racontent des histoires. Certes, les repères sont un peu passés aujourd'hui, car le cadre principal des aventures de Nicolas est une école de garçons des années 60, mais cela ne fait rien, on ne s'en rend presque pas compte. Il n'y a aucune date, aucun nom de ville, aucun repère temporel précis, ce qui nous permet de placer la narration partout où on le souhaite.
Toutes ces histoires sont le reflet d'une certaine nostalgie, celle du temps de l'enfance, qui passe toujours trop vite. Mais grâce au génie de l'écriture qui suit Goscinny dans tous ses écrits, nous pouvons avec délices nous retrouver dans ces histoires, et retrouver pour un temps cette enfance partie depuis longtemps, mais toujours présente dans un coin de notre mémoire... Pour ne rien gâcher, la vision qu'a Nicolas du monde des adultes est souvent faussée, ce qui fait qu'il nous livre une interprétation erronée de ce qui se passe, et permet souvent d'introduire une touche d'ironie dans le récit ! (souvent à la fin, d'ailleurs, en touche finale...)
Je ne peux donc que vous conseiller cette agréable lecture. Cela va très vite, les histoires ne dépassent que rarement les dix pages, et le temps passe trop vite quand on s'y plonge... Bonne lecture !

mercredi 15 février 2006

mercredi
15
février 2006

Mieux vaut en rire, de Roald Dahl

L'auteur :
Roald Dahl est connu pour ses contes et histoires pour enfants, dont un best-seller pour plusieurs générations, Charlie et la Chocolaterie (et sa suite, Charlie et le Grand Ascenseur de Verre, n'est-ce pas, Betty ? (-.^)). On connaît moins son côté "auteur pour adultes", (pourtant le début de sa carrière littéraire), qu'il nous révèle magnifiquement dans plusieurs nouvelles, magnifiques d'humour grinçant et de rire jaune...

Mieux vaut en rire

Douze nouvelles, toutes plus tordantes (et mordantes !) les unes que les autres, mettant en scène des personnages que l'on pourrait rencontrer tous les jours, et dont on ne se méfierait jamais... Par exemple, qui se méfierait d'une hôtesse qui vous offre un logement très confortable et un accueil très chaleureux ? Vous pourriez le demander à chacun de ses locataires précédents, si vous arrivez à les retrouver vivants... Pourquoi refuser l'offre de ce vieux monsieur, un parapluie de soie contre une course en taxi ? Que pourrait-il arriver à cet apiculteur qui soigne sa fille malade à coups de cuillère de gelée royale, le meilleur de ce que produisent ses abeilles ? Mais vraiment, tous ces personnages n'ont-ils pas tous quelque chose d'un peu inquiétant, quand on y réfléchit ? A vous de le découvrir sous la plume de ce merveilleux conteur...

Ce recueil regroupe donc certaines des nouvelles pour adultes de Roald Dahl, dont je vous donne les titres ici :
La Grande Grammatisatrice automatique
Madame Bixby et le manteau du Colonel
Le Maître d'hôtel
Un homme du Sud
La Logeuse
Un beau dimanche
L'homme au parapluie
Tous les chemins mènent au ciel
Gelée royale
A moi la vengeance S.A.R.L.
Le Connaisseur
Cou

Toutes ces nouvelles nous offrent un regard très grinçant sur des personnages qui pourraient être inoffensifs, sauf sous la plume de notre auteur, Roald Dahl. Il passe de situations cocasses en rebondissements effrayants, réussissant l'exploit de nous donner des frissons d'effroi tout en nous faisant sourire, ou même rire aux éclats. Cet humour mordant, qui a fait tout son succès dans ses oeuvres pour enfants également, est entièrement résumé dans le titre de ce recueil, Mieux vaut en rire, et dans son sous-titre, Douze histoires grinçantes. Je pense que ces nouvelles, et celles d'un autre recueil dont je vous parlerai plus tard (Mauvaises intentions), sont les meilleures clés que l'on puisse trouver pour entrer dans l'univers pour adultes de ce conteur, dont l'humour typiquement anglais (il n'y a qu'eux pour tourner en dérision des situations si tragiques !) ne trouve son égal nulle part, du moins à ma connaissance... Bonne lecture ! :-)