Conduite en état Livresque

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Le regard qu'elle m'envoyait était une variation furieuse et triste sur le thème de la douleur.
Philippe Djian dans "37,2 le matin".

lundi 14 juillet 2008

lundi
14
juillet 2008

Le bateau du matin, de Lorraine Fouchet.

L'ouvrage:
Alexis Foresta est avocat. Il a élevé seul sa fille, Eva. Ils sont très proches l'un de l'autre. Ce matin-là, ils se disputent. Eva cherche à s'affirmer, à faire valoir son opinion, son amour pour la musique, ses raisons d'avoir rompu avec Florent. Elle s'emporte. Ils ont des mots.

Erlé Legal est un ébéniste breton. Il aime bien inventer le passé des meubles.
Delphine a rompu avec lui. Mais ce jour-là, elle l'appelle au secours, car l'homme avec qui elle vit la frappe. Erlé va la chercher à Paris, malgré le fait qu'il n'a pas le droit de prendre le volant sous peine de se voir retirer son permis de conduire. En effet, il a écopé de cette peine car il a été arrêté pour conduite en état d'ivresse. Il a juré de ne plus toucher une goutte d'alcool.

Zaka Djemad a bientôt dix-huit ans. Elle prépare un examen pour entrer dans une école de dessin. Elle a placé tous ses espoirs dans cet examen. Dessiner est sa vocation. Son frère, Kamel, qui est, en l'absence du père, le chef de famille, ne comprend pas bien pourquoi elle tient tant à cela. Il a d'autres projets pour elle.

Nestor Dumont est un professeur de philosophie à la retraite. Il a survécu à la canicule. Pour lui, c'est un miracle. Il a décidé de faire une liste de tout ce qu'il voudrait faire avant de mourir, et de réaliser le plus de voeux qu'il pourra.
Ce jour-là, il va apprendre à se servir du cadeau que lui ont fait ses collègues pour son départ à la retraite: un appareil photo numérique.

Gildas Murat est interne. Il fait souvent des gardes aux urgences pour arrondir ses fins de mois. Ce soir-là, il est justement de garde...

Certains de ces personnages vont se rencontrer pendant une minute fatale. D'autres arriveront après. Ce soir d'août 2003, leur destin se joue, et ils ne le savent pas.

Critique:
Les habitués de ce blog qui auraient lu ce livre diront: "Haha! La Livrophile va le descendre en mettant ses clichés en avant!" Eh bien non. Certes, il y a des clichés qui m'ont agacée, mais mon impression générale est bonne.

Le plus gros cliché est certainement le coup de foudre d'Erlé lorsqu'il rencontre l'un des autres personnages. Je reste intraitable là-dessus: un coup de foudre, c'est trop invraisemblable. Et puis ce qu'il fait pour rattraper le sac de celle qu'il aime alors qu'il ne la connaît même pas... Et le fait qu'il tombe justement follement amoureux de cette personne-là...!!!
La gentillesse maladive d'Erlé est aussi exaspérante. Son comportement vis-à-vis de Delphine, par exemple, fait un peu tiquer le lecteur. On me rétorquera que la gentillesse d'Erlé finit par porter ses fruits. Oui, mais nous sommes dans un roman: cela ne se passe pas souvent comme ça dans la vie, malheureusement.
J'ai pensé pareil lorsque Gildas sacrifie sa moto. Il n'a pas affaire à une ingrate, il sait que c'est très important, mais il a quand même trimé pour se la payer...

Le personnage d'Eva m'a souvent ennuyée pendant ma lecture. Pourtant, si on se met à sa place, on comprend ses raisons. Elle est impulsive, et agit de manière démesurée, mais finalement, on peut comprendre qu'elle veuille tout faire pour venger, en quelque sorte, son père. Elle fait tout ce qu'elle peut, quitte à se montrer injuste, parce qu'elle croit être juste, et que c'est la seule chose qu'elle puisse faire pour son père.

On pourrait aussi m'objecter qu'il est tout de même étrange que tous ces personnages (surtout l'un d'eux) se trouvent là à ce moment précis, et jouent tous un rôle plus ou moins important dans ce qui arrive. Personnellement, je trouve que cela n'a rien d'absurde, sauf peut-être la présence d'un certain objet, et le fait que le propriétaire de cet objet ait justement de manière fortuite fait en sorte que le moment fatal puisse être revécu...

Beaucoup de personnages sont attachants. On les sent battants, on a envie qu'ils s'en sortent: Zaka, Gildas, Erlé.
Camel peut paraître caricatural, englué dans ses certitudes de ce qui est bien pour sa soeur. En fait, son personnage est plus complexe que cela. C'est une bonne chose. Camel n'agit pas par conviction, mais par besoin. Il ne se rend pas compte que ce qu'il veut faire à sa soeur est une atteinte à sa liberté d'être.
Seul, le personnage de Florent est un peu caricatural... Il est maladivement obstiné comme un enfant capricieux, ou un fou.

Malgré la gravité du roman, plusieurs passages sont amusants: la rencontre d'Erlé et de Jack, la plongée de Camel et de Florent (vers la fin), la façon dont Patrick Murat finit par "accepter" Gildas, les particularités d'Erlé, la façon dont Nestor est souvent décrit, la manière dont Jules apprend à Zaka le résultat des examens, la remarque d'un marin lorsqu'Erlé descend à toute vitesse du bateau avant qu'il ne démarre...

Une grande partie du roman a lieu dans l'île de Groix. Là aussi, on me dira que c'est un peu gros: les personnages qui se cherchent finissent par se rencontrer. Oui, c'est un peu gros, mais l'île de Groix est très petite. ;-)

Malgré quelques coïncidences un peu grosses et quelques clichés, ce livre a su me captiver. Je voulais savoir la suite. Par certains côtés, le roman est peut-être un peu léger, mais je suis très vite entrée dedans, et ai tout de suite adhéré à l'histoire de chaque personnage. Beaucoup de thèmes sont abordés: l'amour, le mariage forcé, le hasard... J'ai aimé l'histoire, le décor de l'île de Groix. La fin est peut-être trop convenue, mais j'ai été heureuse que Lorraine Fouchet ait terminé son livre ainsi. C'est un livre de vacances. Cependant, il fait réfléchir un peu... Les leçons que j'en tire? Ne vous précipitez pas sur une conclusion trop simple, et surtout, bannissez la superstition de votre esprit!

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Suzanne Van Der Peren pour la Ligue Braille.
(Note: Les noms des lecteurs de la Ligue Braille ne sont écrits nulle part. Je dois donc deviner leur orthographe. Je présente ici mes excuses à ceux dont j'estropie les noms.

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lundi 7 juillet 2008

lundi
7
juillet 2008

Un bon cru, de Peter Mayle.

L'ouvrage:
Max Skinner est anglais.
Le jour de sa démission, il trouve une lettre lui apprenant que son oncle, Henry, était mort et lui léguait sa maison dans le Lubéron. Se souvenant que l'oncle Henry possédait des vignes, Max pense qu'il pourra peut-être vivre de la vente du vin. Son ami, Charlie, le conforte dans cette idée par son enthousiasme.

Max déchante lorsqu'il goûte le vin produit par ses vignes. Il décide de faire appel à un oenologue qui l'aidera à améliorer la qualité de son vin.

Les choses se compliquent encore lorsque Max voit débarquer dans son paradis la prétendue fille de son oncle Henry, fille dont toute la famille ignorait l'existence.

Critique:
Ceux qui connaissent Peter Mayle et s'attendent à un roman qui se veut avant tout détendant et divertissant ne seront pas déçus. C'est un roman de vacances, dont on ressort avec le sourire.

Les personnages sont attachants (du moins, les «gentils«), et amusants. Certains le sont plus que d'autres. Par exemple, madame Passepartout: sa façon de travailler, sa curiosité, sa façon de protéger ceux qu'elle aime...
La scène où Christie et Max se disputent et ce qui en découle est un moment amusant. Ce n'est bien sûr pas le seul.

J'ai tout de même été déçue par quelques aspects du roman. Par exemple, les français sont caricaturés: ils aiment tous bien manger (et mettre de l'ail dans la nourriture), bien boire (comme dans tous les livres de Peter Mayle. A un moment, Max constate que Nathalie conduit vite, c'est donc tous les français qui conduisent vite. Lorsque Christie pense que Nathalie la drague, Max explique que le flirt est une habitude française. Il dit aussi qu'il ne faut pas tomber malade en France, car il y a beaucoup de paperasse. Tous ces poncifs m'ont plusieurs fois fait soupirer d'agacement. Il est possible que certains soient là exprès pour exagérer le trait, et faire sourire le lecteur, mais cela m'a plutôt ennuyée, car cela ôte tout réalisme et toute nuance au roman.
J'ai également été déçue par quelque chose à la fin du roman. Ce qui m'a déçue apporte de l'originalité au roman, c'est donc plutôt positif, mais j'aurais préféré quelque chose de plus conventionnel.

En bref, si vous faites abstraction des lieux communs sur les français (je crois qu'il y en a aussi quelques-uns sur les américains), et que vous voulez passer un moment agréable sans vous casser la tête, ce livre est pour vous!

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Zino Davidoff pour la Bibliothèque Braille Romande.

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lundi 23 juin 2008

lundi
23
juin 2008

L'histoire de Bone, de Dorothy Allison.

L'ouvrage:
Ruth-Anne a toujours été appelée Bone (Os). Elle grandit, entourée de sa mère, de sa soeur, et de ses tantes. Ses oncles aiment bien la bouteille. La famille de Bone n'est pas très riche, des joies et des drames se succèdent, comme dans toute famille. Mais cette famille reste soudée.
Et puis, la mère de Bone épouse Glenn. Glenn l'aime, et dit qu'il aime Bone et sa soeur. Il désire être leur père.

Critique:
L'auteur nous dépeint très bien la vie intérieure de cette petite fille, sûrement parce que, comme l'indique la quatrième de couverture, le récit est quasi autobiographique. Je ne sais pas quelle est la part de vrai et la part d'invention, mais l'histoire que nous raconte Dorothy Allison ne peut laisser personne indifférent. Elle peut sembler banale: le beau-père instable qui passe ses nerfs sur une enfant, et qui double cela d'un désir malsain; la fillette qui se sent coupable, qui est sûre qu'elle mérite ce qui lui arrive parce que, comme son bourreau ne cesse de le lui répéter, elle est mauvaise. Malheureusement, on rencontre ce genre d'histoires (avec des variantes) très souvent. Ce n'est pas pour cela que le coeur s'émousse.

L'attitude de Glenn envers Bone est le thème central du roman. D'autres choses arrivent (la maladie de la tante Ruth, l'antagonisme entre Bone et sa soeur, etc), mais ces choses finissent par être reléguées au second plan.
Bone évolue au long du livre. Au début, elle a l'attitude que j'ai décrite face à son tortionnaire, mais elle finit par écouter ce qu'on lui dit, et par réfléchir. Elle a la force de se relever, et de se battre.

Ce qui est plus dur à avaler, c'est l'attitude d'Anne, la mère de Bone. On voit souvent des mères qui font semblant de ne pas voir. Ici, c'est plus compliqué que cela. Le lecteur devine très bien ce qui se passe dans la tête d'Anne, surtout que l'une des tantes de Bone tente de le lui expliquer. Cependant, j'ai eu du mal à admettre qu'une mère puisse avoir ce comportement. Je suis peut-être trop sévère...

Je recommande ce roman. Dorothy Allison a su rendre une ambiance, un décor particuliers. De plus, le noyau du roman ne peut laisser personne indifférent.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Françoise Dufour pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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lundi 9 juin 2008

lundi
9
juin 2008

Journal d'Hannah, de Louise L. Lambrichs.

L'ouvrage:
Paris, 1943.
Hannah Perrier, mariée et mère d'une fillette, s'aperçoit qu'elle est enceinte. Cette découverte la transporte de joie. Elle se dit qu'au milieu de cette guerre, un enfant est un espoir. Son mari, Robert, ne prend pas la chose de la même façon. Il lui explique qu'il est trop dangereux d'avoir un enfant en ce moment: que feront-ils si les vivres viennent à manquer? Et s'ils doivent fuir précipitamment, cela ne sera pas aisé avec un nourrisson. Il contraint Hannah à avorter, malgré l'avis défavorable du médecin qui la suit, la grossesse étant déjà avancée. Hannah n'accepte pas cet avortement. Elle cède, car Robert a décrété que ce serait mieux pour la famille, mais elle refuse cela de tout son être. Cet avortement sera l'un des grands tournants de sa vie.

Critique:
Ce livre raconte la vie d'une femme qui tente de refermer les blessures qu'elle reçoit. Elle n'y arrive pas toujours comme il le faudrait, mais elle se bat, et se sort toujours de situations problématiques. Son histoire prend le pas sur l'Histoire. Elle avoue elle-même que ce qui lui arrive la préoccupe et la touche plus que la guerre. Cela se comprend. On est toujours plus concerné par son quotidien que par l'Histoire, sauf lorsqu'elle nous touche de près. Hannah sera tout de même touchée. Les blessures de la guerre feront partie de celles qu'elle aura du mal à refermer. Par ailleurs, le regard qu'Hannah porte sur les hommes est assez clairvoyant. Bien sûr, ses prédictions de troisième guerre mondiale et de génocide ne se sont pas réalisées à une si grande échelle qu'en 39-45, mais il y a eu des massacres. En outre, les arguments d'Hannah sont tellement pertinents!

Elle nous raconte son quotidien, avec, parfois, des ellipses de plusieurs années. Hannah et Robert ont beaucoup vécu dans le non-dit, ce qui, bien sûr, a engendré des malentendus entre eux. Hannah trouve le moyen d'exprimer tout ce qu'elle ne peut confier à son mari: elle le fait la nuit. D'abord, elle souffre d'insomnie, et quand elle dort, elle rêve d'une vie impossible où elle retrouve ceux dont elle n'a pas pu faire son ceuil. L'inconscient d'Hannah et aussi celui de Colette font que l'histoire frise le surnaturel. Parlons plutôt de coïncidences. C'est ces coïncidences et ces non-dits qui font vaciller Hannah à un moment de l'histoire où il lui semble qu'elle ne maîtrise plus rien. Le lecteur regrette que certains pans de la vie de ce couple qui s'aime soit basé sur des mensonges. Cependant, Hannah et Robert sont convaincus d'avoir agi au mieux pour préserver leur amour. Au final, ils ont, d'une manière ou d'une autre, triomphé des crises qu'ils ont traversées. Je pense que la fois où ils ont tous les deux agi en adultes, où ils ont tout mis à plat, a été l'épisode Elisabeth. Pour moi, c'est de cette crise qu'ils se sont le mieux sortis, car ils ont parlé, et se sont expliqués.

Les thèmes abordés le sont avec finesse. Ces personnages sont réalistes et attachants. L'ouvrage est captivant, il n'y a aucun temps mort. La romancière a un style fluide et agréable. Ce roman est de ceux qu'on n'oublie pas. Il fait partie de ceux que je considère comme des bons livres.
Accessoirement, nous est enseignée la tactique du «je réponds à une question par une autre question», tactique qui peut se révéler très utile.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Marie-Thérèse Hayoz pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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lundi 2 juin 2008

lundi
2
juin 2008

Les cerfs-volants de Kaboul, de Khaled Hosseini.

L'ouvrage:
Amir et Hassan sont frères de lait. Ils ont grandi ensemble. Pourtant, ils viennent de deux mondes différents. Amir est le fils d'un riche commerçant Pachtoune, Hassan est celui du domestique Hazara. Hassan est donc le domestique d'Amir. Les deux enfants jouent souvent ensemble. Amir profite de sa position pour se moquer d'Hassan. Hassan n'est que bonté et loyauté envers Amir. Il pardonne volontiers ses moqueries.

Un jour, alors qu'Amir a douze ans et Hassan onze, tout bascule. Quelque chose arrive, et cette chose scelle le destin des deux enfants en leur volant leur enfance.

Critique:
J'ai lu et entendu des commentaires extrêmement élogieux sur cet ouvrage. Au risque de déplaire à certains, je serai un peu plus réservée.

Au début, j'ai été enthousiasmée, car l'auteur plante très bien le décor. En outre, les deux personnages principaux sont attachants. On en veut à Amir de se moquer d'Hassan, mais on pense aussi que c'est humain. En outre, rien n'est manichéen: Amir a des relations difficiles avec son père. Tous deux ne se comprennent pas. Aux yeux de son père, Amir est trop sensible. Amir sait tout cela. Parfois, il pressent que son père lui préfère Hassan. C'est là qu'advient l'événement qui plonge les enfants dans un cauchemar sans fin. Et c'est ici que le lecteur se demande ce qu'il aurait fait à la place d'Amir. Son acte est inexcusable, mais explicable. D'abord, il n'était qu'un enfant. Ensuite, il désire tant être aimé de son père qu'il fait passer son intérêt avant le fait que quelqu'un est torturé par un sadique. Et comme c'est un enfant, et qu'il a envie d'y croire, il simplifie à l'extrême: si ça se passe comme ça, mon père m'aimera, donc je dois faire en sorte que ça se passe comme ça.
Néanmoins, sa conduite après l'événement est inacceptable. Il s'en veut, et réagit à cela de la manière la plus odieuse qui soit, car il ne supporte pas d'avoir tous les jours, devant lui, la preuve de son acte irréparable, un reproche vivant qui crie sa détresse en silence.

Malgré ces personnages complexes, d'autres choses ont gâché ma lecture. D'abord, le personnage d'Hassan est trop gentil, trop loyal. Il ne se révolte pas. C'est d'ailleurs cette inertie qui exaspère Amir, et fait qu'il l'accable encore et encore.
D'autre part, il y a une incohérence flagrante. (ATTENTION! Je dévoile une partie de l'intrigue. Si vous n'avez pas lu le livre, ne lisez pas la fin du paragraphe.) Dans sa lettre à Amir, Hassan explique qu'il ne fait absolument rien pour atiser la haine des talibans. C'est compréhensible et sage de sa part. Et ensuite, lorsque les talibans lui ordonne de quitter la maison de Rahim Khan, il proteste. Bien sûr, sa famille et lui se retrouvaient sans toit, mais ils auraient pu retourner là où ils habitaient avant. Non seulement c'est une incohérence, mais cela donne lieu à la mort d'Hassan et de sa femme. Cela donne à l'auteur la possibilité de faire en sorte qu'Amir revienne à Kaboul pour adopter Sohrab. Pourquoi Rahim Khan n'a-t-il pas rappelé Amir avant? Sachant ce qui s'était passé, sachant qu'Hassan voulait revoir Amir, pourquoi ne l'a-t-il pas rappelé avant? Cette réunion impossible entre Hassan et Amir a été source de frustration pour moi.

Ce que j'appelle arbitrairement la deuxième partie du livre m'a moins plu. Il est un peu invraisemblable qu'Amir retrouve Assef, et que Sohrab agisse comme le fit son père. D'une manière générale, Sohrab et son histoire ressemblent trop à Hassan et à son histoire... En outre, même si la fin est une note d'espoir, trop de choses se sont passées. Les personnages iront de l'avant, et c'est une bonne chose, mais certains ont subi trop de dommages.

Enfin, deux attitudes sont comparées, à un moment. L'attitude de deux personnes face à la mauvaise action qu'ils ont commise. Amir refuse qu'Hassan lui rappelle son acte, et donc, ne veut plus le voir; le père d'Amir se repent, et tente de faire le bien autour de lui. Soit. Seulement, l'acte du père d'Amir est, en un sens, pire que celui qu'a commis Amir. J'ai parlé plus haut de ce qui pouvait expliquer l'acte d'Amir. Celui de son père est non seulement inexcusable, mais en plus inexplicable. Voilà une belle manière de pleurer sa femme et de respecter la loyauté de son domestique. Heureusement qu'il a passé sa vie à tenter de faire le bien pour expier!

Si vous voulez lire un livre exprimant de forts sentiments, parlant de personnages complexes, choisissez plutôt «L'hibiscus pourpre», de Chimamanda Ngozi Adichie. Il y a moins d'invraisemblances.

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