Conduite en état Livresque

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Le silence ressemblait à une pluie de paillettes tombant sur une tartine de colle.
Philippe Djian dans "37,2 le matin".

mercredi 25 juin 2008

mercredi
25
juin 2008

Les grandes heures de la Normandie, de Michel de Decker

L'auteur : Homme de plume ou de radio, la voix de l'historien Michel de Decker est très connue des auditeurs de France Bleu Normandie, où sa chronique historique est un véritable succès. Il a aussi beaucoup participé aux Tribunes de l'Histoire de France Inter, avec ses amis Alain Decaux et André Castelot. Il est aussi un admirable conteur et conférencier, dont la voix et les connaissances envoûtent les nombreux spectateurs qui viennent l'écouter.
Il est l'auteur de nombreux ouvrages historiques, allant de l'histoire de femmes françaises (la princesse de Lamballe, Madame de Montespan, la Pompadour...) aux hommes qui ont marqué l'Histoire ou les mémoires (Napoléon III - dernier ouvrage paru -, le chevalier d'Eon...). Normand de naissance et de coeur, il s'est spécialisé dans les anecdotes normandes, la petite histoire, et met sa plume au service de ses talents de conteur dans ce recueil.

L'oeuvre : Une somme d'anecdotes, historiques ou non, qui retracent l'histoire de la Normandie des Gaulois (et même avant !) jusqu'au Débarquement de juin 1944.

Cette somme est incroyable, foisonnant de détails et de vrais morceaux d'Histoire, rétablissant la Vérité sur bien des points, et dans une langue très agréable à lire. On devrait presque même se faire lire ce livre, tellement la prose de l'auteur s'y prête !! On y apprend comment un paysan a retrouvé par hasard dans son champ un vrai trésor gallo-romain enfoui là depuis des siècles, on découvre d'où vient le caractère si taciturne mais malin des Normands d'aujourd'hui, l'origine de bien des toponymes...
Des légendes également, mises en concurrence avec ce que l'on sait de la réalité historique. Par exemple, la légende des énervés de Jumièges (les deux fils de Louis, fils de Charlemagne, qui auraient eu les nerfs des jarrets brûlés pour avoir voulu empêcher leur père de rentrer de Terre Sainte, et auraient été mis sur un radeau qui vient s'échouer sur les bords de la Seine, à l'emplacement où se dressent aujourd'hui les ruines de ce qui fut la grande abbaye de Jumièges) est confrontée à la Vérité (Louis est mort quand ses trois enfants n'avaient que 12 ans pour le plus vieux).
Mais même si la Réalité est plus forte que la Légende, Michel de Decker le dit de façon telle que l'on a l'impression que lui-même préfère la Légende... Et n'est-ce pas normal ? Ne préfère-t-on pas en général ce qu'on pense vrai, plutôt que ce qui est vrai ? Ces contes sont tellement plus poétiques...
Pour rester aux débuts de l'Histoire Normande, je ne saurait trop vous conseiller la peinture que l'auteur nous fait de la conquête de la Normandie par les Northmen, les Vikings, arrivés sur les Srekkars (lisez le livre pour savoir pourquoi je n'écris pas drakkars) pour piller, tuer et dévaster la riche terre qui s'offrait à eux, puis s'y sont installés durablement. La plume du conteur est tellement forte que l'on s'y croirait !!
Le départ de Guillaume pour l'Angleterre, le siège de Château-Gaillard, l'invention du Camembert... Histoire et histoires se mêlent habilement. On trouve également dans ce recueil mille petits détails, des coutumes locales aux histoires de Saints Normands, expliquant peut-être bien des choses...
Bref, une lecture passionnante, qui explique toute la richesse du terroir normand, toute l'Histoire qui en a fait une terre tellement attachante et passionnante... Je vous la conseille, que vous soyez normands ou non, cela vous donnera envie de venir voir !! ;-)

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lundi 26 mai 2008

lundi
26
mai 2008

Raël, journal d'une infiltrée, de Brigitte MacCann.

L'ouvrage:
Brigitte MacCann est journaliste. Chantal Poirier est photographe. En 2003, elles vont infiltrer le mouvement raélien. Leur but premier est d'en découvrir plus sur les bébés clônés. En effet, un médecin proche de Raël affirme depuis plusieurs mois qu'une femme a été clônée, et que son bébé va bien. Seulement, personne n'avu ce bébé.
Au cours de leur périple, elles découvriront d'autres choses sur le mouvement.

Critique:
Ce livre m'a intéressée sur plusieurs plans. D'abord, il convient très bien à ceux qui, comme moi, n'aiment pas regarder ou écouter les informations, et ne lisent pas les journaux. En effet, je n'ai entendu parler du mouvement raélien que de très loin. J'ignorais presque tout de ce mouvement. Ce livre m'a d'abord appris ce que c'était. J'ai donc pu m'apercevoir de l'étendue de l'endoctrinement de certains membres. Brigitte décrit très bien cela. Cela fait d'ailleurs peur. Certains sont assez influençables pour être embrigadés et croire les sornettes débitées par Raël. Certains manquent tellement d'esprit critique qu'ils boivent ses paroles, absorbent ce qu'il dit sans réfléchir. Je suis toujours effrayée lorsque je vois ce type de réactions.
En outre, je me demande sérieusement comment des gens peuvent gober les dires de Raël, car certaines choses sont vraiment grosses. Par exemple, lorsqu'on montre aux nouveaux le film sur les extraterrestres, Brigitte explique qu'il est flagrant que c'est un montage. Comment les gens peuvent-ils se laisser prendre? En outre, il est évident que le mouvement raélien pompe l'argent des participants à une vitesse vertigineuse. Les adeptes doivent toujours payer des sommes exorbitantes pour la moindre chose.
D'autre part, beaucoup de formations sont un prétexte pour se déshabiller.
Tout cela est si ostensible que je me demande comment les adeptes font pour ne pas voir qu'ils se font posséder dans les grandes largeurs.

Brigitte et Chantal forcent l'admiration. On souffre pour elles lorsqu'elles doivent se rendre aux réunions, qu'elles doivent jouer le jeu, et surtout lorsqu'elles assistent au stage d'été dans la nature. C'est d'ailleurs lors de ce stage que Brigitte attrape un énorme rhume qui aurait pu s'aggraver, étant donné les mauvaises conditions de camping.

J'ai hésité à écrire cette critique, car je suis entièrement d'accord avec la conclusion de Brigitte MacCann, à savoir qu'il faut parler le moins possible du mouvement raélien, car le gourou jubile dès qu'on parle de lui, que ce soit en bien ou en mal. J'ai finalement décidé d'écrire la critique, en espérant que des personnes liraient le livre de Brigitte MacCann, et se rendraient compte du danger que représente le mouvement, et plus généralement, n'importe quelle secte.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Claudine Humberset pour la Bibliothèque Braille Romande.

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lundi 7 janvier 2008

lundi
7
janvier 2008

C'était au milieu du siècle, d'Armand Maillard.

L'ouvrage:
Armand Maillard rassemble ici certains souvenirs de son enfance et de son adolescence, dans un petit village de Suisse Romande où il a vécu de 1936 à 1951.

Critique:
Ces souvenirs montrent la vie quotidienne d'un petit village. Armand Maillard a tenu à mettre l'accent sur certaines personnes, par exemple, Gustave, de qui il raconte l'histoire. Ce récit montre à quel point les mentalités étaient rétrogrades: Gustave était méprisé parce qu'il était un enfant illégitime. Mais ce récit nous montre également un personnage intelligent, courageux, admirable.
Armand s'attarde également sur Petit Jean, la mémoire des villages alentours. Il fait cela pour ne pas qu'on oublie que ce genre de personnes a existé.
La démarche est la même lorsqu'il évoque les colporteurs.

Certains souvenirs sont à la fois drôles et attendrissants: l'achat de la vache, ce qui se passa lorsqu'Armand ramena la jument Fanny, Armand fumant un cigare, les enfants au catéchisme, etc.
L'un de ces souvenirs est un peu triste: celui du lard blanc.
D'autres sont vraiment amusants: "La Lucie", "La capitulation", etc.
L'auteur rappelle aussi certains mots, certaines expressions employés dans son village, et sûrement ceux des alentours.

Un livre qui fait souvent sourire, parfois rire, qui émeut. Des souvenirs qui font passer par tout un tas de sentiments. Des récits frais dont l'auteur nous demande de ne pas oublier ce qui a été.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Arlette Bratschi pour la Bibliothèque Braille Romande.

lundi 26 novembre 2007

lundi
26
novembre 2007

Dieu ne m'a pas parlé, d'Anne Pontillé.

L'ouvrage:
Anne a trois soeurs.
Leur mère répète souvent que puisqu'elle n'a pas eu de fils qui aurait pu être prêtre, elle aurait une fille religieuse. Anne taquine souvent sa soeur, Geneviève, sûre que si l'une des quatre soeurs devait prendre l'habit, ce serait elle.

Vers l'âge de quinze ans, Anne se pose beaucoup de questions sur Dieu, sur Jésus. Un prêtre compréhensif lui répond, et ces conversations sont bénéfiques pour la jeune fille.
Plus tard, Anne se sent appelée par Dieu. Elle décide de lui dédier sa vie. Elle sera religieuse.

Critique:
Le livre d'Anne Pontillé soulève beaucoup de questions. D'abord, on voit comment une jeune fille influencée par son entourage, en vient à choisir une voie qui ne l'attire pas réellement. Quand je dis "influencée", je veux dire qu'Anne a cru voir certains signes de sa vocation dans ce qu'on lui disait. Ca a renforcé son impression qu'elle était appelée par Dieu.

Anne nous raconte comment elle se débat entre sa volonté, son coeur, son corps, ses aspirations... Elle vit un véritable calvaire. Attention, elle ne dit pas que la vie religieuse est un calvaire, elle dit que c'en a été un pour elle qui n'avait pas la vocation, et qui n'admettait pas qu'elle ne l'avait pas.

Se pose aussi une question: est-on vraiment plus proche de Dieu en s'infligeant toutes les privations décrites par Anne? Une personne qui tuera ses désirs, même en ayant la vocation, ne sera-t-elle pas éternellement frustrée? Et cette frustration, au lieu de la rapprocher de Dieu, ne fera-t-elle pas de cette personne une mécanique aigrie? Anne supportait mal cela parce qu'elle n'avait pas la vocation. Qu'en est-il de ceux qui l'ont? Ne faudrait-il pas que moins de règles strictes régissent leur vie? Une personne épanouie ne sera-t-elle pas plus à même de se rapprocher de Dieu? Une personne qui a la vocation ne trahira pas cette vocation en aimant certains plaisirs terrestres (je ne parle pas uniquement de l'acte sexuel).

Ce livre m'a touchée pour plusieurs raisons. D'abord, Anne sait trouver les mots qui font que son récit marquera les mémoires.
De plus, elle nous décrit un milieu que nous ne connaissons pas forcément très bien, surtout moi qui suis athée. Nous découvrons grâce à elle que certains clichés existent bel et bien, mais que comme tous les clichés, ils ne sont pas les uniques représentatifs de la religion catholique. Anne rencontre des gens étroits d'esprit, mais aussi d'autres très ouverts, notamment Pierre, grâce à qui elle renaîtra.
Enfin, ce livre m'a touchée de manière plus personnelle. Certains lecteurs auront peut-être envie de dire: "Pfff! Elle n'avait qu'à pas prononcer ses voeux définitivement. Elle a eu le temps du noviciat pour se rendre compte que cette vie n'était pas pour elle." Soit. Seulement, elle n'a pas pu. Je me reconnais un peu en elle. Récemment, une personne m'a dit deux ou trois fois: "On ne t'a pas mis un couteau sous la gorge pour que tu passes le CAPES!" Eh bien, moralement, si. On n'a certes pas mis un couteau sous la gorge d'Anne pour qu'elle soit religieuse, et elle n'a pas eu le même cheminement que moi, mais il n'en reste pas moins que consciemment ou non, nous avons agi contre notre volonté.

Anne est une battante. Malgré toutes les épreuves qu'elle a connues, elle s'est relevée, et elle a su, par la suite, prendre la vie du bon côté. Bravo à elle!

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Anne-Marie Scaramuzzi pour la Bibliothèque Braille Romande.

lundi 19 novembre 2007

lundi
19
novembre 2007

Fugitive, de Sousan Azadi.

L'ouvrage:
Sousan est la fille d'un puissant iranien. Elle nous raconte d'abord son enfance et son adolescence. Elle est allée faire ses études aux Etats-Unis, et même si sa famille et l'ambiance de son pays lui ont beaucoup manqué à ce moment-là, cela lui a montré d'autres façons de voir.

Lorsque la révolution éclate, et que le shah est détrôné, puis remplacé par l'ayatollah Khomeini, tout bascule pour Sousan. Elle est détestée des révolutionnaire, car elle est nantie. Le Commité la poursuit... l'étau se resserre...

Critique:
Ce témoignage est à lire pour qu'on n'oublie pas ce qui a eu lieu, ce qu'ont pu subir certaines personnes. Sousan entremêle son histoire personnelle à celle de son pays. Cela nous montre diverses formes d'oppression, d'humiliation.

La jeune femme a profondément aimé son premier mari. Cependant, celui-ci agit en jeôlier envers elle. Il se dit ouvert d'esprit, et pourtant...
Ensuite, Sousan est traquée de tous les côtés: sa belle-famille, le Commité... Elle devra s'humilier, renoncer à des choses qu'elle aimait pour sauvegarder sa vie.

J'ai eu un peu de mal à entrer dans le roman, car je n'aime pas trop la structure. En effet, Sousan débute son histoire au moment où elle quitte l'Iran. Et ensuite, elle raconte son histoire depuis le début. Ce désagrément passé, j'ai dévoré le livre. C'est un témoignage bouleversant. Il nous montre une femme courageuse, qui voit peu à peu son pays devenir une dictature, sa vie devenir un cauchemar. Une jeune femme qui finit par se résoudre à quitter ses racines, abandonner ce qui a fait d'elle ce qu'elle est. Une femme, qui en plus, a dû faire de nombreuses concessions, qui savait que si elle ne faisait pas tout cela, elle serait broyée par le système de son pays.

Lorsque Sousan est aux Etats-Unis, lorsque son mari la surveille de près, le lecteur est indigné. Mais l'indignation fera place à l'horreur. A partir du moment où l'ayatollah Khomeini prend le pouvoir, le lecteur passe son temps à redouter la suite. Sousan ne le laisse pas souffler. Elle enchaîne les péripéties terrifiantes. A peine se sent-elle sortie d'affaire qu'un autre mauvais pas l'attend. Le lecteur est précipité dans ce récit haletant, et n'a d'autres solutions que de continuer.
Plusieurs scènes sont marquantes. Je ne donnerai qu'un exemple parmi tant d'autres: la perquisition du Commité chez Sousan. Mis à part des films, des revues, et d'autres choses, est posée, bien en évidence sur la console de l'entrée, une lettre. Cette lettre, si elle est lue par les hommes venus fouiller, est une condamnation à mort, Sousan en est sûre. Sousan veut d'abord la faire disparaître, puis s'avise que sa disparition après que les hommes l'ont vue sans y faire attention éveillerait les soupçons... Nous partageons sa tension au cours de cette scène, et de bien d'autres.

Dans les commentaires de la critique de "Mariée de force", certaines personnes dont moi avons mis en doute la véracité du récit "Jamais sans ma fille". On pourrait donc me dire que le récit de Sousan Azadi est peut-être faux. Mais comme il a été dit pour "Jamais sans ma fille", que ce récit soit vrai ou faux importe peu, finalement, car il décrit une réalité, il montre quelque chose qui a existé, et existe peut-être encore ailleurs. Peut-être ce genre de témoignages aidera-t-il des gens, et rien que pour cela, c'est une bonne chose.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Bernard Delannoy pour la Bibliothèque Sonore Romande.